‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 163 sur 205 · XVIII. l'éclectisme de LEIBNIZ · texte numérisé non relu

XVIII. l'éclectisme de LEIBNIZ

Je ne méprise rien, excepté l'astrologie judiciaire et autres tromperies semblables {Lettres à Bourguet, II),

1 . Cette belle page est d'une grande importance pour l'histoire de ridée de perfectibilité.

2. Les pensées suivantes sont propres à faire comprendre ia largeur d'esprit qui fut une des principales qualités de Leibniz.

Gardons-nous de nous montrer plus désireux de détruire que d^édifîer, et, au milieu des vicissitudes perpétuelles de la doctrine, ne nous laissons pas ballotter incertains au souffle d'esprits audacieux. Que le genre bumaio , bien plutôt, réprimant la fureur des sectes qu'engendre la stérile ambition d'innover, s'arrête à des dogmes définis. Ce point de départ assuré, on verra des progrès s'accomplir en philosophie non moins qu'en mathématiques. Les écrits des hommes illustres, parmi les anciens aussi bien que parmi les modernes, offrent en effet nombre de vérités excellentes, qu'il conviendrait de recueillir afin que le public en profitât. Certes, mes découvertes ont été assez heureuses pour que je pusse, suivant le conseil de mes amis, m'appliquer uniquement à mes propres pensées. Et pourtant je ne sais comment il arrive que d'ordinaire les pensées d'autrui ne me déplaisent pas et que je les apprécie toutes, quoique dans une mesure différente. Peut-être cela tient-il à ce qu'à remuer beaucoup de problèmes, j'ai appris à ne rien mépriser (Ed. Dutens, III, 316).

Après avoir tout pesé, je trouve que la philosophie des anciens est solide, et qu'il faut se servir de celle des modernes pour l'enrichir et non pour la détruire. (Lettre au P. Bouvet.)

Il faut rendre cette justice aux scolastiques plus profonds, de reconnaître qu'il y a quelquefois chez eux des discussions considérables, comme sur le continuum, sur l'infini, sur la contingence, sur la réalité des abstraits, sur le principe de l'individuation, sur l'origine et le vide des formes, sur l'âme et sur ses facultés, sur le concours de Dieu avec les créatures, etc., et môme en morale sur la nature de la volonté et sur les principes de la justice ; en un mot il faut avouer qu'il y a de l'or dans ces scories.

J'ai trouvé que la plupart des sectes otit raison dans une bonne partie de ce qu'elles avancent, mais non pas tant eu ce qu'elles nient.

Lorsqu'on entre dans le fond des choses , on remarque plus de raison qu'on ne croyait dans la plupart des sectes

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de philosophes. Le peu de réalité substantielle des choses sensibles des sceptiques ; la réduction de tout aux harmonies ou nombres, idées et perceptions des pythagoristes et platoniciens ; et TUn et même Un-tout de Parménide et de Platon, sans mélange de spinosisme, la connexion stoïcienne, compatible avec la spontanéité des âmes; la philosophie vitale des Gabalistes et des Hermétiques, qui mettent du sentiment partout ; les formes et les entéléchies d'Aristote et des scolastiques ; et cependant l'explication mécanique de tous les phénomènes particuliers, selon Démocrite et les modernes, etc., se trouvent réunis comme dans un centre de perspective d'où Tobjet, embrouillé en regardant de tout autre endroit, fait voir la régularité et la convenance de ses parties : on a manqué par un esprit de secte, en se bornant, par la réjection des autres. (153, Lettre àBasnage).

Bien souvent, je trouve qu'on a raison de tous côtés quand on s'entend, et je n'aime pas tant à réfuter et à détruire, qu'à découvrir quelque chose et à bâtir sur les fondements déjà posés.

Après avoir assez médité sur l'ancien et sur le nouveau, j'ai trouvé que la plupart des doctrines reçues peuvent souffrir un bon sens. De sorte que je voudrais que les hommes d'esprit cherchassent à satisfaire à leur ambition, en s'occupant plutôt à bâtir et à avancer qu'à reculer et à détruire; et je souhaiterais qu'on ressemblât plutôt aux Romains qui faisaient de beaux ouvrages publics, qu'à ce roi vandale à qui sa mère recommanda que, ne pouvant espérer la gloire d'égaler ces grands bâtiments, il cherchât à les détruire.

J'aime à voir fructifier aussi dans les jardins des autres les semences que j'y ai moi-môme déposées.

J'ai été frappé d'un nouveau système... Depuis, je crois voir une nouvelle face de l'intérieur des choses. Ce système paraît allier Platon avec Démocrite, Aristote avec Descartes, les scolastiques avec les modernes, la théologie et la morale avec la raison. Il semble qu'il prend .le meil-

leur de tous côtés, et puis qu'après il va plus loin qu'on n'est allé encore. (Nouveaux essais).

Il serait à souhaiter que des hommes d'ailleurs illustres, quittant le vain espoir de s'emparer de la tyrannie dans l'empire de la philosophie, renonçassent aussi à Tambition de former une secte. Car de là naissent les passions insensées des partis, de là des guerres littéraires stériles, qui compromettent la science et où se perd un temps précieux. Que n*imite-t-on les géomètres ! On ne distingue point parmi eux des euclidistes, des archimédistes, des apolioniens. Une môme secte les réunit tous ; car ils s'attachent tous à la vérité, d'où qu'elle vienne.

Je me plais extrêmement aux objections des personnes habiles et modérées, car je sens que cela me donne de nouvelles forces, comme dans la fable d'Antée terrassé.

Nous devons penser que d'autres, aus^i persuadés que nous-mêmes, ont autant de droit de maintenir leurs sentiments, et même de les répandre, s'ils les croient importants. Ou doit excepter les opinions qui enseignent les crimes, qu'on ne doit point souffrir "et qu'on a droit d'étouffer par les voies de la rigueur, quand il serait vrai même que celui qui les soutient ne peut point en faire, comme on a le droit de détruire une bête venimeuse, tout innocente qu'elle est. Mais je parle d'étouffer la secte et non les hommes, puisqu'on ne peut les empêcher de nuire et de dogmatiser.

La vérité est plus répandue qu'on ne pense; mais elle est très-souvent fardée et très-souvent aussi enveloppée, et même affaiblie, mutilée, corrompue par des additions qui la gâtent ou la rendent moins utile. En faisant remarquer cette trace de la vérité dans les anciens, ou, pour parler plus généralement, dans les antérieurs, on tirerait l'or de la boue, le diamant de la mine et la lumière des ténèbres ; et ce serait en effet perennis quaedamphilosophia (l). (Id,passim,)

1. Gotle magnifique expression montre bien l'idéal que la philosophie doit toujours poursuivre; quant à la méthode indiquée ici par Leibniz, n'est-elle pas la vraie ?

EXTRAITS ET ÉCLAIRCISSEMENTS

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