NOTICE SUR LEIBNIZ. XXI
VU que chaque être agit en lui-môme et par lui-même, sans subir physiquement Faction des autres êtres? Gomment doue se fait-il que toutes ces actions individuelles forment un univers si bien lié dans toutes ses parties ? On ne sam*ait se contenter d*éparpiller l'existence en individus innombrables, par une sorte d'atomisme spirituel ; il faut ramener cette multiplicité infinie à Tunité, et l'harmonie universelle est la preuve d'un principe unique. L'accord des monades suppose une pensée éternelle qui a tout prévu, tout ordonné et qui a mis chaque monade en rapport avec toutes les autres. Seule, la pensée divine peut résoudre et résout éternellement ce problème : — Etant donné l'état actuel d'une monade, en déduire l'état présent, passé et futur de l'univers. — « Dieu calcule et pense, et le monde se fait. »
Leibniz accepte aussi eu la perfectionnant la preuve de saint Anselme. Si rien n'est possible que par Dieu, Dieu au contraire est possible par lui-même : car rien n'empêche la possibilité de ce qui n'enfeime aucune borne, aucune négation, aucune contradiction. En outre, s'il n'y avait pas un être où le possible et l'actuel s'identifient, il y aurait éternellement entre ces deux termes un abîme infranchissable, et éternellement rien n'existerait. Donc ily a un être qui renferme en lui-même son éternelle possibilité, et conséquemment aussi son éternelle réalité. Dieu existe par cela seul qu'il est possible, v
Tout étant l'image de Dieu, les attributs de la créature peuvent nous faire connaître ceux du créateur. « Les perfections de Dieu, dit Leibniz dans la Théodicée, sont celles de nos âmes ; mais il les pos-
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sède sans bornes. C'est un océan dont nous avons reçu quelques gouttes. Il y a en nous quelque connaissance, quelque puissance, quelque bonté ; mais elles sont tout entières en Dieu (1). »
L'intelligence divine est la région des idées, et Dieu conçoit éternellement une infinité de mondes possibles qui s'élèvent les uns au-dessus des autres selon leur degré de perfection, comme les assises d'une pyramide dont la base plonge dans l'infini (2). Au sommet se trouve le meilleur des mondes, image la plus parfaite de Dieu. Comment Dieu demeurerait-il indifférent à cette image de lui-même, comment ne la réaliserait-il pas ? Est-ce la puissance qui lui manque? est-ce la bonté ? Non, sans doute. Il crée donc, et il crée un monde aussi parfait qu'il est possible, par une nécessité morale qui n'exclut point en lui la liberté métaphysique. « Tous les possibles prétendent à « l'existence dans l'entendement de Dieu à proportion « de leurs perfections ; le résultat de toutes ces tt prétentions doit être le monde actuel le plus parfait « possible. » Ainsi, dans l'éternité, la perfection immobile *, dans le temps, le progrès sans fin, image mobile de cette perfection : tel est l'optimisme de Leibniz.
D'où vient donc le mal ? — De la nature même des êtres. Ce n'est pas la puissance divine qui est soumise à des conditions et à des bornes ; c'est l'univers. Dans Tordre naturel, Dieu ne peut pas réaliser eœ abrupto un certain degré de perfection sans passer par les degrés inférieurs : rien ne se fait tout d'un coup, la fin suppose les moyens, le résultat suppose les con-