‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 176 sur 205 · LES OPTIMISTES DANS L* ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

LES OPTIMISTES DANS L* ANTIQUITÉ

est donc en môme temps conservateur, et il communique au monde, sinon Téternité, du moins Timage de l'éternité dans la durée indéfinie des siècles.

Sans la volonté de Dieu rien ne subsisterait, pas môme l'âme. En vaindira-t-on que l'âme est simple : sa simplicité n'est pas la véritable unité. Comme tout ce qui n'est pas Dieu môme, l'âme est, selon Platon, une chose multiple, non physiquement, mais mélapiiysiquoment. Cela suffit pour lui donner un caractère de dépendance; et, pour qu'elle soit liée à l'ôtre d'une manière indissoluble, il faut que l'Être lui-même la retienne et la lie par la puissance de sa volonté.

S'il est déraisonnable d'accuser les dieux d'insouciance, d'où peut venir le mai?

Le mal, selon Platon, ressemble au faux, que l'âme n'aperçoit point d'une vue directe, mais par son rapport d'opposition au vrai. Si le mal peut être connu, c'est seulement dans sa relation au bien, dont il est le contraire. Or, le contraire du bien, et par conséquent le principe du mal, c'est la matière indéterminée, le possible, le contingent, ce qui n'est rien, mais peut tout devenir. Et c'est Dieu, c'est le Bien qui fonde cette éternelle possibilité du possible.

Le mal absolu serait le néant absolu, il n'existe donc pas. Ce qui existe, c'est le moindre bien, la borne du bien. La question du mal. au point de vue métaphysique, se transforme alors en celle-ci : Pourquoi, outre le Bien absolu, y a-t-il un moindre bien ?

Faire cette question, c'est demander pourquoi Dieu a produit le monde au lieu de rester en lui-même. Platon répondra de nouveau ; — Parce que Dieu est le Bien, et qu'un être bon doit vouloir réaliser tout le bien possible. Le monde n'est pas bon comme Dieu, sans doute; mais enfin il est bon : or, s'il y avait une seule chose bonne que Dieu n'eût pas réalisée, une seule forme de perfection qu'il n'eût pas communiquée, on pourrait dire qu'il n'a fait qu'une œuvre imparfaitement semblable à son modèle, et qu'il est impuissant ou envieux. « Il faut, dit Platon dans le Timée, que le Tout soit vraiment un Tout. » De cette doctrine du Timée résultent deux conséquences: l'univers est le meilleur possible; il n'est pas le meilleur absolument^ V. LiiBmz. 17

294 ÉCLAIRCISSEMENTS SUB l'bISTOIRE DE L'OPTIMISME.

il n'est pas le Bien môme, et par conséquent l'imperfection est nécessaire dans Tceuvre divine, a Le mal ne peut être détruit (!),• mais il peut diminuer déplus en plus; et si on embrassait la durée infinie de l'univers, l'œuvre divine offrirait Ja plus parfaite image de Dieu môme (2).

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