L*OPTIMISME DANS PLATON. 29Î
tient à son fils plus qu'à tout le resle, ne fera-t-il point cas de certains autres objets pour cette raison môme? Ainsi, s'il savait que son fils a bu de la ciguë, et s'il croyait que le vin dût le sauver, ne ferait-il pas très-grand cas du vin?
— C'est évident.
— Et aussi de l'amphore qui contiendrait le vin,?
— Assurément.
— 11 ne fera donc pas plus de cas d'un vase d'argile ou de trois cotyles de vin que de son fils? Ou plutôt ne dironsnous pas que toute notre affection ne se porte pas réellement sur les objets que nous aimons en vue d'un autre, mais sur celui-là seul en vue duquel nous nous procurons tous les autres ? Et quand nous disons si souvent que nous, faisons grand cas de l'or et de l'argent, c'est une manière de parler tout à fait inexacte et fausse : mais ce que nous estimons plus que tout le reste, c'est ce en vue de quoi nous amassons de l'or, de l'argent, et toutes les autres richesses. N'est-ce pas là ce que nous devons dire?
— Certainement.
— Ne doit-on pas appliquer le môme raisonnement à ce qui est aimé ? Car rien de ce que nous prétendons aimer à cause d'un autre objet que nous aimons, ne me parait mériter le nom que nous lui donnons ; et il est vraisemblable que le seul objet réellement aimé est celui auquel aboutissent toutes nos prétendues affections.
— C'est vraisemblable, en effet.
— Ainsi, ce qui est réellement aimé, ne l'est pas à cause d'un autre objet que nous aimons ?
— Tu as raison. »
Pliton. Lysis.