‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 182 sur 205 · Platon BO rapproche ici d« la doctrine de la liberté · texte numérisé non relu

Platon BO rapproche ici d« la doctrine de la liberté

l'optimisme dans PLATON. 305

soit devenue vraiment divine par son commerce avec la divine vertu, elle passe alors aussi dans un endroit particulier, dans une demeure vraiment sainte et plus heureuse ; si c'est dans le mal, elle passera son existence dans des demeures pires que los premières.

Voilà la justice des dieux qui habitent VOlympe, 6 enfant ou jeune Iiomme qui te crois négligé par les dieux. Si tu vis dans le mal, tu iras rejoindre les âmes criminelles ; si c'est dans le bien, tu retrouveras les âmes vertueuses, soit dans la vie, soit dans tes morts successives, et tu éprouveras tout ce que les objets semblables éprouvent naturellement de leurs semblables, de même que tu agiras aussi sur eux. Et cette justice divine, ni toi, ni aucun autre impie ne pourra jamais se vanter de lui avoir échappé : les dieux l'ont établie au-dessus de toute autre justice, et nous lui devons le plus entier respect. Jamais elle ne te négligera, quand même tu serais assez petit pour le cacher dans les profondeurs de la terre, ou assez grand pour t'élever jusqu'au ciel. Tu seras puni comme Texigenl ces lois, soit ici même sur terre, soit quand tu seras descendu aux enfers, soit dans tout autre lieu encore plus terrible que les enfers. Tu dois raisonner de même pour tous ces hommes que tu as vus sortir de leur humble condition et s'élever bien haut par des actions impies et criminelles : tu les croyais malheureux d'abord et fortunés maintenant ; leurs actions étaient pour ainsi dire à tes yeux un miroir où tu croyais voir se refléter la négligence des dieux : et tu ne songeais pas que ces hommes devront finir, eux aussi, par payer leur tribut à Tordre universel. Comment pourrais-tu croire, ô le plus audacieux des hommes, qu'il ne faut point reconnaître la justice divine ? Sans cette connaissance, jamais on ne saurait se faire une idée générale ni un plan raisonnable de cette existence, ni savoir ce qu'est le bonheur et la science.

... Il me semble que nous avons assez bien démontré l'existence et la providence des dieux ; mais nous ne pouvons permettre à personne de prétendre que ces dieux se laissent fléchir par les prières et par les offrandes des coupables ; et nous devons employer tous nos efforts pour réfuter cette erreur.

306 ÉCLAIllCISSEMËNTS SUR l'uISTOIRE DE l'OPTIMISMB.

.... Nous avons pour alliés les dieux et les génies, auxquels nous appartenons ; ce qui nous perd, c'est Tin justice, la licence et l'imprudence ; ce qui nous sauve, c'est la justice, la tempérance et la sagesse, qui résident dans Tâme des dieux. Mais on peut trouver aussi parmi nous quelques faibles traces de ces vertus. Or nous voyons évidemment certaines âmes qui habitent la terre et ont reçu l'injustice en partage, s'humilier, malgré leur nature féroce, devant les âmes des gardiens, soit devant les chiens, soit devant les bergers, soit devant les maîtres souverains du monde ; elles tâchent de les persuader par des discours flatteurs, de les charmer par certaines prières, comme les appellent les méchants, et d'obtenir ainsi, au milieu de toutes leurs exactions, Timpunité parmi les hommes. Or ce mal, cette exaction dont je viens de parler, nous rappellerons maladie dans les corps animés, peste dans les saisons de Tannée, et, changeant de nom, injustice dans les villes et les gouvernements.

— C'est parfaitement cela.

— Et voici comment doit nécessairement raisonner celui qui prétend que les dieux sont toujours indulgents pour les hommes pervers et pour leurs crimes, pourvu que ces hommes leur donnent une part dans leur criminel butin : ils font comme feraient les loups s'ils donnaient aux chiens une petite part de ce qu'ils auraient volé, pour que les chiens, adoucis par ces présents, leur permissent de piller la bergerie. N'est-ce pas ainsi que raisonnent ceux qui prétendent que les dieux se laissent fléchir ?

— Oui, c'est ainsi qu'ils raisonnent.

— Quel est donc celui des gardiens nommés plus haut auquel n'importe quel homme pourrait comparer les dieux, à cet égard, sans se rendre ridicule ? Sera-ce à des pilotes qui se laisseraient corrompre par des libations de vin et par la graisse des victimes pour causer la perte du navire et des matelots ?

— Non.

— Ce ne sera pas non plus à des conducteurs prêts à partir pour la course des chars, et qui, gagnés par des présents, abandonneraient la victoire à des concurrents?

— Cette comparaison et ce raisonnement seraient bien coupables.

l'optimisme dans aristote. 807

— ... Or puisqu'ils ont à surveiller les objets les plus beaux, et qu'ils les surveillent de la manière la plus remarquable, dirons-nous que les dieux ont une vertu inférieure à celle des chiens ou des hommes les plus ordinaires, qui ne consentiraient jamais à trahir la justice pour des présents qu'ils auraient criminellement acceptés d'hommes pervers ?

— Nullement ; c'est là un discours insoutenable, et celui qui professe de telles opinions me semble devoir passer à juste titre pour le plus criminel et le plus sacrilège de tous les impies.

— Ainsi nous pouvons affirmer, n'est-ce pas, que nous avons suffisamment prouvé les trois vérités que nous nous étions proposé de démontrer: à savoir que les dieux existent, qu'ils veillent sur nous, et qu'ils ne se laissent absolument pas détourner de leur justice par les supplications. • Platon, Lois, 1. X.

Page 1