ÉCLAIRCISSEMENTS SUR L*HIST01RE DE L' OPTIMISME
toute la nature. Ce n'est que pendant quelque temps que nous pouvons jouir de ia félicité parfaite. Il la possède éternellement, ce qui nous estimpossible(l). La jouissance, pour lui, c'est son action même. C'est parce qu'elles sont des actions, que la veille, la sensation, la pensée, sont nos plus grandes jouissauces; l'espoir et le souvenir ne sont des jouissances que par leur rapport avec celles-là. Or, la pensée en soi est la pensée de ce qui est en soi le meilleur, et la pensée par excellence est lapeuséede ce qui est le bien par excellence. L'intelligence se pense elle-même en saisissant l'intelligible; car elle devient elle-même intelligible à ce contact, à ce penser. Il y a donc identité entre l'intelligence et l'intelligible; car la faculté de percevoir l'intelligible et l'essence, voilà l'intelligence; et l'actualité de l'intelligence, c'est la possession de Tintelligible. Ce caractère divin, ce semble, de l'intelligence, se trouve donc au plus baut degré dans l'intelligence divine ; et la contemplation est la jouissance suprême et le souverain bonbeur.
Si Dieu jouit éternellement de cette félicité que nous ne connaissons que par instants, il est digne de notre admiration ; il en est plus digne encore si son bonheur est plus grand. Or, son bonheur est plus grand en effet. La vie est en lui, car l'action de Tintelligence est une vie, et Dieu est l'actualité même de l'intelligence ; cette actualité prise en soi, telle est sa vie parfaite et éternelle. Aussi appelonsnous Dieu un animal éternel, parfait. La vie, et la durée continue et éternelle appartiennent donc à Dieu ; car cela même, c'est Dieu.
... Ceux qui pensent, avec les Pythagoriciens et Speusippe, que le premier principe ce n'est pas le beau et le bien par excellence, parce que les principes des plantes et ceux des animaux sont des causes, tandis que le beau et le parfait ne se trouvent que dans ce qui provient des causes (2) ; ceux-là
1. «Layie des dieux immortels est toute félicité; quant aux • hommes, ils ne connaissent le bonbeur qu'en tant qu'il y a « dans leurs facultés quelque chose qui leur est commun a?ecles a dieux. Mais aucun autre animal que l'homme ne goûte le bon- « heur dans sa vie, parce que nul autre animal n'a avec les dieux «< cette communauté de nature. > Âristote., Elhic. Nicom X, 8 ; Bekker, 1178.