‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 193 sur 205 · V. DIEU EST l'intelligence ÉTERNELLE · texte numérisé non relu

V. DIEU EST l'intelligence ÉTERNELLE

« Nous avons à résoudre quelques questions relatives à rintelligence (l). L'intelligence est, ce semble, la plus divine des choses que nous connaissons. Mais pour être telle en effet, quel doit être son état habituel ? Il y a là des difficultés. Si elle ne pensait rien, si elle était comme un homme endormi, où serait sa dignité (2) ? £t si elle pense, mais que sa pensée dépende d'un autre principe, son essence n'étant plus alors la pensée, mais un simple pouvoir de penser, elle ne saurait être l'essence la meilleure, car ce qui lui donne son prix, c'est le penser. Enfin, que son essence soit l'intelligence, ou qu'elle soit la pensée, que

1. Il s'agit toujours dans ce passage de l'intelligence de Dieu, du voO( proprement dit.

2. • il ne faut pas se figurer les dieux dormant comme Endymion ». Ëlhic. Nicom, X, 8; Bekker, p. 1178. Plaion dit de même dans le Sophiste que Dieu participe à l'auguste et sainte intelligence, Tov Siytont xai «pivov voOv.

l'optimisme dans aristote. 31 s

pense-t-elle ? car, ou elle se pense elle-même, ou bien elle pense quelque autre objet. Et si elle pense un autre objet, ou bien c'est toujours le même, ou bien sou objet varie. Importe-t-il donc, oui ou non, que Tobjet de sa pensée soit le bien, ou la première chose venue î ou plutôt ne serait-il pas absurde que telles et telles choses fussent l'objet de la pensée (1)? Ainsi il est clair qu'elle pense ce qu'ilyade plus divin et de plus excellent, et qu'elle ne change pas d'objet ; car changer ce serait passer du mieux au pire, ce serait déjà un mouvement. Et d'abord, si elle n'était pas la pensée, mais une simple puissance (2), il est probable que la continuité dé la pensée serait pour elle une fatigue. Ensuite il est évident qu'il y aurait quelque chose de plus excellent que la pensée, à savoir ce qui est pensé ; car le penser et la pensée appartiendraient encore à l'intelligence, même alors qu'elle penserait ce qu'il y a de plus vil. C'est là ce qu'il faut éviter (et, en effet, il est des choses (3) qu'il faut ne pas voir, plutôt que de les voir) ; sinon la pensée ne serait pas ce qu'il y a de plus excellent. L'intelligence se pense donc elle-même, puisqu'elle est ce qu'il y a de plus excellent, et la pensée est la pensée de la pensée (4). La science, la sensation, l'opinion, le raisonnement, ont, au contraire, un objet différent d'eux-mêmes ; ils ne s'occupent d'eux-mêmes qu'en passant. D'ailleurs, si penser était différent d'être pensé, lequel des deux constituerait l'excellence de la pensée ? Car la pensée et l'objet de la pensée n'ont pas la même essence. Pour les êtres immatériels, ce qui est pensé n'a pas une exislence différente de ce qui pense : il y a identité, et la pensée ne fait qu'un avec ce qui est pensé.

Reste encore une difficulté : c'est de savoir si l'objet de la pensée est composé, et dans ce cas l'intelligence changerait, car elle parcourrait les parties de l'ensemble ; ou bien si tout ce qui n'a pas de matière est indivisible. Il en est éternellement de la pensée, comme il en est, à quelques instants fugitifs, de l'intelligence humaine, de toute intelligence dont les objets sont des composés. Car ce n'est pas

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