XXVI NOTICE SUR LEIBNIZ
libre ? — C'est l'intelligence, répond Leibniz ; a l'intelligence est comme l'âme de la liberté (i). »
La liberté, en effet, ne consiste point pour Leibniz dans une volonté indifférente, qui agirait sans motif ou contre le motif le plus inclinant. « L'indifférence, « dit-il, naît de l'ignorance, et plus on est sage, plus « on est déterminé à ce qu'il y a de plus parfait... « Toutes les actions sont déterminées et jamais indif- « férentes, parce qu'il y a toujours une raison qui « incline. Rien ne se fait sans raison. La liberté d*in- « différence est donc impossible, et ne se trouve « même pas en Dieu (2). » Si la liberté existe quelque part, c'est quand nous agissons avec des motifs. Dès lors, il faut bien que les motifs contribuent à la liberté au lieu de la détruire. Et en effet, dit Leibniz à deux reprises dans la Tliéodicée, la liaison des motifs, ou, ce qui revient au même, la liaison des causes et des effets, « bien loin de produire une fatalité insuppor- « table, fournit plutôt un moyen de « la lever. » Ce moyen, c'est d'abord de donner à l'être libre la connaissance des raisons de ses actes. « Pour appeler a les actions libres, nous demandons non-seulement « qu'elles soient spontanées, mais encore qu'elles tt soient délibérées. » « La liberté est la spontanéité « de l'être intelligent (3). » De ce que la volonté d'un être intelligent est toujours conforme aux motifs, faut-il en conclure que cette volonté n'est pas libre ? Non, car les motifs qui me déterminent sont mes motifs, et en leur obéissant, c'est à moi que j'obéis ; or, ne dépendre que de soi, c'est précisément la liberté. Mais si mes motifs sont des passions, suffl-