NOTICE SUR LEIBNIZ. XXVII
ra-t-il que je connaisse ces passions pour qu'elles deviennent mon activité propre ? Non sans doute. Il faut donc que les motifs de mon action, pour être compatibles avec la liberté et être vraiment mienSy se confondent avec moi-même: car alors, dépendre de mes motifs, ce sera ne dépendre que de moi ; or, quels sont les seuls motifs qui se confondent ainsi avec ma propre nature ? Ce sont les motifs rationnels ; car, au fond, la raison est mon essence ; je suis moi parce que je suis intelligent, et je suis intelligent parce que je suis raisonnable. C'est donc seulement lorsque je suis raisonnable, lorsque j'agis selon la raison que je suis vraiment libre : • L'âme, dit Leibniz, est libre « dans les actions volontaires où elle a des pensées « distinctes et où elle montre de la raison ; mais les « perceptions confuses, réglées sur le corps, naissent « des perceptions confuses précédentes, sans qu'il soit « nécessaire que Tâme les veuille et qu'elle les préce voie. )) — t Dieu seul est parfaitement libre, et les « esprits créés ne le sont qu'à mesure qu'ils sont au- « dessus des passions (1). » Il en résulte que la liberté est variable comme la sagesse même : plus on est sage et vertueux, plus on est libre, car, étant en possession de sa raison, on est en possession de soi et on agit par soi.
L'activité rationnelle, en même temps qu'elle est le vrai fond de l'individualité, est aussi ce qui représente le plus distinctement l'universel : elle est le « miroir » du monde et surtout de Dieu. Dès lors, en agissant selon la raison et avec liberté, on se trouve mieux que jamais en harmonie avec le monde entier et avec Dieu : les actions libres se trouvent donc d'ac-