NOTICE SUR LEIBNIZ. XXXI
génération du mal, gui le fait découler de là nature divine, nous ramène à la théorie de l'émanation, et Dieu ne semble plus autre chose que la Nature elle* même, conçue dans son unité primitive, d'où émanent les formes premières des choses. Aussi Leibniz finit-il par représenter le mal moral comme nécessaire à l'existence de Dieu même : — « Supprimez les péchés, a dit-il, toute la série des choses aurait dû changer, a la série des choses étant supprimée ou changée, « la dernière raison des choses, c'est-à-dire Dieu, sera « enlevée aussi et changée (1).» Spinoza ne parlait pas autrement, et Leibniz aboutit comme lui à une prédestination rigide qui ressemble fort au fatalisme.
Malgré cela, Leibniz continue de soutenir que le péché est parfaitement libre : « Personne ne persévère a dans son état de misère que par sa propre volon- ({ té (2). » D'autre part, il demeure vrai, selon lui, de dire que le mal devait être, et que Dieu lui-même l'a décrété. « Ce que Dieu prononce regarde toute lasuite a à la fois, dont il ne fait que décréter l'existence. Dieu (( choisit le meilleur absolument. Si quelqu'un est mé- « chant et malheureux avec cela, il lui appartenait de a l'être (3). » Ainsi Dieu, selon Leibniz, décrète nos erreurs, nos crimes et notre malheur. Un tel décret, pourrait-on répondre, ne saurait s'expliquer que de deux manières : ou bien les crimes sont bons et nécessaires, et alors pourquoi nous en punir ? Dieu devrait plutôt nous récompenser pour avoir joué docilement notre rôle dans le a meilleur monde possible » ; ou les crimes sont mauvais, et alors Dieu, qui en est par son