‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 47 sur 205 · PROVIDENCE ET LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

PROVIDENCE ET LA LIBERTÉ

M. Descartes dit positivement (1«' par. de ses Principes, art. 41) que nous n'avons point du tout de peine à nous

ESSAIS DE THÉODIGÉE.

délivrer de la difficulté (que Ton peut avoir à accorder la liberté de notre volonté avec Tordre de la providence éternelle de Dieu) « si nous remarquons que notre pensée est « finie, et que la science et la toute-puissance de Dieu, par « laquelle il a non-seulement connu de toute éternité tout « ce qui est ou qui peut être, mais aussi il Ta voulu, est « infinie : ce qui fait que nous avons bien assez d'intelli- « gence pour connaître clairement et distinctement que « cette science et cette puissance sont en Dieu ; mais que « nous n'en avons pas assez pour comprendre tellement

• leur étendue que nous puissions savoir comment elles » laissent les actions des hommes entièrement libres et in- « déterminées. Toutefois la puissance et la science de Dieu « ne nous doivent pas empêcher de croire que nous avons ■ une volonté libre; car nous aurions tort de douter de ce

• que nous apercevons intérieurement et savons par expé-

• rience être en nous, parce que nous ne comprenons pas « autre chose que nous savons incompréhensible de sa na- « ture. »

Ce passage de M. Descartes, suivi par ses sectateurs (qui s'avisent rarement de douter de ce qu'il avance), m'a toujours paru étrange. Ne se contentant point de dire que, pour lui, il ne voit point le moyen de concilier les deux dogmes, il met tout le genre humain, et môme toutes les créatures raisonnables, dans le même cas. Cependant pouvait-il ignorer qu'il est impossible qu'il y ait une objection invincible contre la vérité ? puisqu'une telle objection ne parait être qu'un enchaînement nécessaire d'autres vérités, dont le résultat serait contraire à la vérité qu'on soutient, et par conséquent il y aurait contradiction entre les vérités, ce qui est de la dernière absurdité. D'ailleurs, quoique notre esprit soit fini et ne puisse comprendre l'infini, il ne laisse pas d'y avoir des démonstrations sur l'infini, desquelles il comprend la force ou la faiblesse ; pourquoi donc ne comprendrait-il pas celle des objections ? Et puisque la puissance et la sagesse de Dieu sont infinies et comprennent tout, il n'y a plus lieu de douter de leur étendue. De plus,

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M. Descartes demande une liberté doot on n'a point besoin, en voulant que les actions de la volonté des hommes soient entièrement indéterminées, ce qui n'arrive jamais. Enfin M. Bayle veut lui-même que cette expérience ou ce sentiment intérieur de notre indépendance, sur lequel M. Descartes fonde la preuve de notre liberté, ne la prouve point, puisque, de ce que nous ne nous apercevons pas des causes dont nous dépendons, il ne s'ensuit pas que nous soyons indépendants.

LES OBJECTIONS CONTRE LA DIVISIBILITÉ A l'iNFINI. \

Il semble que M, Descaries avoue aussi, dans un endroit de ses Principes, qu'il est impossible de répondre aux difficultés sur la division de la matière à l'infini, qu'il reconnaît pourtant pour véritable. Arriaga et d'autres scolastiques font à peu près le môme aveu; mais, s'ils prenaient la peine de donner aux objections la forme qu'elles doivent avoir, ils verraient qu'il y a des fautes dans la conséquence, et quelquefois de fausses suppositions qui embarrassent. En voici un exemphe. Un habile homme me fit un jour cette objection: — Soit coupée la ligne droite B A en deux parties égales par le point G, et la partie G A par le point D, et la partie D A par le point E, et ainsi à l'infini ; toutes les moitiés B G, G D, DE, etc., font ensemble le tout B A : donc il faut qu'il y ait une dernière moitié, puisque la ligne droite B A finit en A. Mais cette dernière moitié est absurde : car, puisqu'elle est une ligne, on la pourra encore couper en deux. Donc la division à Tinfini ne saurait être admise. — Mais je lui fis remarquer qu'on n'a pas droit d'inférer qu'il faille qu'il y ait un dernier point A, car ce dernier convient à toutes les moitiés de son côté. Et mon ami Ta reconnu lui-même, lorsqu'il a lâché de prouver cette illalion (l) par un argument en forme : au contraire, par cela môme que la division va à l'infini, il n'y a aucune moitié

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