PORTÉE DE LA RAISON
M. Bayle (dit-on, p. 36, 37) • établit constamment dans t son Dictionoaire, toutes les fois que le sujet le comporte, « que notre raison est plus capable de réfuter et de détruire « que de prouver et de bâtir ; qu'il n'y a presque point de • matière philosophique ou théplogique sur quoi elle ne t forme de très-grandes difficultés ; de manière que, si on « voulait la suivre avec un esprit de dispute aussi loin « qu'elle peut aller, on se trouverait souvent réduit à de f fâcheux embarras ; enfin, qu'il y a des doctrines certai- « nement véritables qu'elle combat par des objections insot lubies. » Je crois que ce qu'on dit ici pour blâmer la raison est à son avantage. Lorsqu'elle détruit quelque thèse, elle édifie la thèse opposée. Et lorsqu'il semble qu'elle détruit en même temps les deux thèses opposées, c'est alors qu'elle nous promet quelque chose de profond, pourvu que nous la suivions aussi loin qu'elle peut aller, non pas avec un esprit de dispute, mais avec un désir ardent de recher-
1. Leibniz n'admet pas de nombre infiniment grand ; mais il ne faut pas croire qu'il rejette pour cela Vin/tniié actuelle réalisme partout.
cher et de démêler la vérité, qui sera toujours récompensée par quelque succès considérable.
M. Bayle poursuit : « qu'il faut alors se moquer de ces « objections, en reconnaissant les bornes étroites de Tes- « prit humain. » Et moi je crois que, bien loin de là, il y faut reconnaître des marques de la force de l'esprit humain, qui le fait pénétrer dans l'intérieur des choses. Ce sont des ouvertures nouvelles, et pour ainsi dire des rayons de l'aube du jour qui nous promet une lumière plus grande (1).
1. C'était bien aussi, dans le fond, la pensée de Bayle, qui déguisait sous les dehors de la foi son rationalisme.
ESSAIS SUR LA BONTÉ DE DIEU, LA LIBERTÉ DE L'HOMME ET L'ORIGINE DU MAL (2).