EXPOSITION NOUVELLE DES DIFFICULTÉS
L'on peut distinguer les difficultés en deux classes. Les unes naissent de la liberté de l'homme, laquelle paraît incompatible avec la nature divine ; et cependant la liberté
1. Leibniz est le premier qui ait employé le mot Théodicée, signiûaDl justification de Dieu. M. Cousin a plus tard choisi ce mot pour désigner la théologie naturelle, comme si Leibniz n'avait traité, dans son livre, que les questions du domaine de la raison ; Leibniz a au contraire, comme on le lui a reproché, mêlé sans cesse la raison et la foi, la théologie naturelle et la théologie révélée.
2. La Théodicée de Leibniz a provoqué les jugements les plus divers et les plus contradictoires. Admirée des uns et méprisée des autres, elle a été proclamée tour à tour ce qu'il y a de plus contestable et ce qu'il y a de plus grand dans la philosophie de Leibniz. Les uns. comme L. Feuerhach [Kritik der Leih, Philoso^ phie. Leipzig, 1848), prétendent que ce livre, écrit pour une femme, qui elle-même n'en fut point satisfaite, ne se rattache par aucun lien réel à lensembledu leibnizianisme, dont il contredit les principes et les résultats ; les autres, comme MM. Erdmann, K. Fischer, Secrélan, H. Ritter, affirment que la Théodicée est une partie essentielle et même le couronnement de tout l'édifice. Les premiers y voient une concession fâcheuse faite par un libre penseur à l'orthodoxie de son siècle, sous prétexte de réconcilier tout le monde, même les théologiens et les philosophes ; les seconds y reconnaissent l'expression sérieuse et réfléchie d'une pensée conséquente avec elle-même.
On pourrait dire que l'œuvre de Leibni?; est tour à tour très-
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est jugée nécessaire pour que l'homme puisse être jugé coupable et punissable. Les autres regardent la conduite de Dieu, qui semble lui faire prendre trop de part à Texislence du mal, quand môme Thommô serait libre et y prendrait aussi sa part. Et cette conduite paraît contraire à la bonté, à la sainteté et à la justice divines, puisque Dieu concourt au mal, tant physique que moral, et qu'il concourt à l'un et à Tautre d'une manière morale aussi bien que d'une manière^ physique (1), et qu'il semble que ces maux se font voir dans Tordre de la nature aussi bien que dans celui de la grâce et dans la vie future et éternelle aussi bien et môme plus que dans cette vie passagère.
Pour représenter ces difficultés en abrégé, il faut remarquer que la liberté est combattue, en apparence, par la détermination ou par la certitude, quelle qu'elle soit, et cependant le dogme commun de nos philosophes porte que la vérité des futurs contingents est déterminée. La prescience (2) de Dieu rend tout Tavenir certain et déterminé ; mais sa providence et sa préordination (3). sur laquelle la prescience même paraît fondée, fait bien plus : car Dieu n'est pas comme un homme qui peut regarder les événements avec indifférence, et qui peut suspendre son jugement, puisque rien n'existe qu'en suite des décrets de sa volonté et par l'action de sa puissance.
Et quand même on ferait abstraction du concours de Dieu,
forte et très-faible ; forte, quand il s'agit de décrire et d'expliquer le» lois de la nature ou les lois de la pensée: Leibniz se montre alors tout ensemble un grand naturaliste et un grand idéaliste ; faible quand il s'agit de déterminer l'essence des lois morales et de la moralité proprement dite, dont la notion demeure fort obscure cbez Leibniz, ou quand il s*agit de rechercher l'origine du mal et sa conciliation avec la Providence.