‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 55 sur 205 · Autre assertion non évidente · texte numérisé non relu

Autre assertion non évidente

4. Alors pourquoi y a-t-il une infinité de mondes possibles qui cependant, selon Leibniz, ne sont pas réalisés ?

Et comme tout est lié, il u'y a pas lieu d'en admettre plus d'une. Son entendement est la source des essences, et sa volonté est l'origine des existences. Voilà en peu de mots la preuve d'un Dieu unique avec ses perfections, et par lui l'origine des choses (1).

l'optimisme.

Or, cette suprême sagesse, jointe à une bonté qui n'est pas moins infinie qu'elle, n'a pu manquer de choisir le meilleur. Car, comme un moindre mal est une espèce de bien, de môme un moindre bien est une espèce de mal s'il fait obstacle à un bien plus grand ; et il y aurait quelque chose à corriger dans les actions de Dieu, s'il y avait moyen de mieux faire (2). Et comme, dans les mathématiques, quand il n'y a point de maximum ni de minimum^ rien enfin de distingué, tout se fait également, ou, quand cela ne se peut, il ne se fait rien du tout ; on peut dire de même, en matière de parfaite sagesse, qui n'est pas moins réglée que les mathématiques, que s'il n'y avait pas le meilleur (optimum) parmi tous les mondes possibles, Dieu n'en aurait produit aucun (3 j. J'appelle monde toute la suite et toute la collection de toutes les choses existantes, afin qu'on ne dise point que plusieurs mondes pouvaient exister en différents temps et différents lieux. Car 11 faudrait les compter tous ensemble pour un monde, ou, si vous voulez, pour un univers. Et quand on remplirait tous les temps et tous les lieux,

1. Cette preuve est celle que Kant appelle p7*euve cosmologique par rêtre nécessaire, cause du monde. Kant reconnaît qu'on peut et qu'on doit admettre quelque chose qui existe par soi, mais il ajoute que le raisonnement ne peut établir si l'être par soi est parfait ou imparfait, s'il n'est point la matière, s'il n'est point la spontanéité des âmes, etc.

'2. Une fois l'existence de Dieu admise, tout ceci est incontestable . ^

3. Leibniz ne devrait-il point se défier de ces spéculations mathématiques dans une question morale ?

il demeure toujours vrai qu'on les aurait pu remplir d'une infinité de manières (1), et qu'il y a une infinité de mondes possibles dont il faut que Diou ait choisi le meilleur, puisqu'il ne fait rie:i sans agir suivant la suprême raison.

Quelque adversaire, ne pouvant répondre à cet argument, répondra peut-être à la conclusion par un argument contraire, en disant que le monde aurait pu être sans le péché et sans les soullrances ; mais je nie qu'alors il aurait été meilleur (2). Car il faut savoir (3i que tout est lié dans chacun des mondes possibles: l'univers, quel qu'il puisse être, est tout d'une pièce, comme un océan ; le moindre mouvement y étend son effet à quelque distance que ce soit, quoique cet effet devienne moins sensible à proportion delà distance ; de sorte que Dieu y a tout réglé par avance une fois pour toutes, ayant prévu les prières, les bonnes et les mauvaises actions, et tout le reste ; et chaque chose a contribué idéalement, avant son existence, à la résolution qui a été prise sur Texisteuce de toutes les choses (4), De sorte que rien ne peut être changé dans l'univers (non plus que dans un nombre), sauf son essence, ou, si vous voulez, sauf son

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