Alors toutes ces spéculations sont vaines
5. N'y a-t-il pas là cercle vicieux ? Leibniz prouve l'existence de Dieu par la sagesse qui éclate dans le monde, ei la sagesse qui éclate dans le monde par l'existence de Dieu.
6. Ces consolations seraient bonnes s'il s'agissait de justifier quelque puissance imparfaite comme la nôtre, mais, quand il s'agit de la puissance parfaite, elles sont bien faibles.
F. ^EIBlflZ. 4.
70 ESSAIS DE TBÉODICÉE.
certe necessarium Adas peccatum, Quod Ghristi morte deletum est I felix culpa, quae talem ac tantum Meruit iiabere Redemporeni I
On s'est servi de tout temps des comparaisons prises des plaisirs des sens, mêlés avec ce qui approche de la douleur, pour faire juger qu'il y a quelque chose de semblable dans les plaisirs intellectuels. Un peu d'acide, d'ûcrepu d'amer, plaît souvent mieux que du sucre ; les ombres rehaussent les couleurs, et môme une dissonance placée où il faut donner du relief à l'harmonie (l). Nous voulons être effrayés par des danseurs de corde qui sont sur le point de tomber, et nous voulons que les tragédies nous fassent presque pleurer (2). Goûte-t-on assez la santé, et en rend-on assez grâce à Dieu, sans jamais avoir été malade ? et ne faut-il pas le plus souvent qu'un peu de mal rende le bien plus sensible, c'est-à-dire plus grand (3) ?
Mais Ton dira que les maux sont grands et en grand nombre, en comparaison des biens. L'on se trompe (4). Ce n'est que le défaut d'attention qui diminue nos biens, et il faut que cette attention nous soit donnée par quelque mélange de maux (5). Si nous étions ordinairement malades et rarement en bonne santé, nous sentirions merveilleusement ce grand bien, et nous sentirions moins nos maux ; mais ne vaut-il pas mieux néanmoins que la santé soit ordinaire et la maladie rare ? Suppléons donc par notre réflexion à ce qui manque à notre perception, afin de nous rendre le bien de la santé plus sensible. Si nous n'avions
1. Fallait-il tant de dissonances dans le monde ? Et peut-on cooiparer des dissonances musicales, chose toute sensible, aux fautes et aux misères morales ?
2. Le crime ne sert-il donc, selon Leibniz, qu'à rehausser les émotions dans le drame de la vie universelle ?