NOTICE SUR LEIBNIZ. IX
Glarke, Dieu aurait-il placé son monde borné en tel lieu plutôt qu'en tel autre ? Pourquoi Teût-il fait de telle grandeur plutôt que de telle autre ? Pourquoi se fût-il contenté de cette petite boule qui ne serait qu'un point perdu dans l'immensité ? Sa puissance n'estelle pas elle-même immense, partout présente, partout féconde? — Ainsi du principe de la raison suffisante découle l'infinité mathématique de l'univers, déjà admise par Bruno et par Descartes, et qu'on ne doit nullement confondre avec la perfection morale de Dieu.
Dans cette infinité d'êtres actifs répandus à travers les espaces et les temps, il n'y en a point d'absolument semblables entre eux ; car on ne pourrait alors les distinguer que par des dénominations tout extérieures. Si Dieu créait deux êtres indiscernables, il n'aurait aucune raison pour les traiter indifféremment, pour placer le premier plutôt que le second en tel lieu, en tel temps. Donc tout diffère dans la nature; tout ce qui est est déterminé, distingué du reste par des qualités propres ; Aristote avait raison de placer l'essence des choses dans le particulier et l'individuel. C'est ce que Leibniz appelle le principe des indiscer» nables, dont il fait un grand usage dans sa Théodicée,
Les monades, étant indivisibles et parfaitement distinctes les unes des autres, sont à ce double titre des individus véritables et ont une existence propre ; on ne peut donc plus confondre toutes choses dans l'unité d'une même substance. Spinoza a méconnu la force individuelle, il a voulu identifier tous les êtres et concentrer en Dieu toute réalité ; Leibniz, comme un nouvel Aristote, s'efforce de rendre l'activité et la vie aux êtres particuliers.
Est-ce à dire qu'il n'y ait que variété dans le monde,