ORIGINE MÉTAPHTSIQUE DU MAL
Mais il faut satisfaire encore aux difficultés plus spéculatives et plus métaphysiques dont il a été fait mention et qui re^rdenl la cause du mal. On demande d'abord d'où nent le mal ? Si Deus est, unde malum ? si non est, unde bonum ? Les anciens attribuaient la cause du mal à la matière, qu'ils croyaient incréée et indépendante de Dieu; mais nous qui dérivons tout être de Dieu, où trouveronsnous la source du mal ? — La réponse est qu'elle doit être cherchée dans la nature idéale de la créature, autant que cette nature est renfermée dans les vérités éternelles qui sont dans Tentendement de Dieu indépendamment de sa volonté. Car il faut considérer qu'il y a une imperfection originale dans la créature avant le péché, parce que la créature est limitée essentiellement (1), d'où vient qu'elle ne saurait tout savoir et qu'elle se peut tromper et faire d'autres fautes. Platon a dit dans le Timée que le monde avait son origine de l'entendement joint à la nécessité. D'autres ont joint Dieu et la nature. On y peut donner un bon sens. Dieu sera l'entendement et la nécessité, c'est-à-dire la nature essentielle des choses, sera l'objet de l'entendement, en tant qu'il consiste dans les vérités éternelles. Mais cet objet est interne et se trouve dans l'entendement divin (2). Et c'est là-dedans que se trouve non-seulement la forme primitive du bien, mais encore l'origine du mal : c'est la région des vérités étemelles^ qu'il faut mettre à la place de la matière, quand il s'agit de chercher la source des choses. Cette région est la cause idéale du mal, pour ainsi dire,
1. C'est précisément cette nécessité pour Dieu de limiter ses créatures qui demeure inexpliquée, étant données sa puissance infinie et sa bonté infinie.
2. Gela n'avance à rien, sembic-t il. Le déterminisme recule jusque dans l'inielligence divine, il n'est pas pour cela détruit.
tSâSAlS DE THÉODIGÉE. 19
aussi bien que du bien (1); mais, à proprement parler, le formel du mal (2) n'en a point à* efficiente, car il consiste dans Ja privation, comme nous allons voir, c'est-à-dire dans ce que la cause efficiente ne fait point. C'est pourquoi les scolastiques ont coutume d'appeler la cause du mal déficiente (3).
On peut prendre le mal mélaphysiqueraent, physiquement et moralement. Le mal métaphysique consiste dans la simple imperfection, le.mal physique dans la souffrance, et le mal moral dans le péché. Or, quoique le mal physique et le mal moral ne soient point nécessaires, il suffit qu'en vertu des vérités éternelles ils soient possibles. Et comme cette région immense des vérités contient toutes les possibilités, il faut qu'il y ait une infinité de mondes possibles, que le mal entre dans plusieurs d'entre eux, et que môme le meilleur de tous en.renferme ; c'est ce qui a déterminé Dieu à permettre le mal (4).
DISTINCTION FAITE PAU LEIBNIZ ENTRE PERMETTRE LE MAL ET FAIRE LE MAL. — DU CONCOURS MORAL DE DIEU AU PÉCUÉ.
Mais quelqu'un me dira ; Pourquoi nous parlez -vous de permettre ? Dieu ne fait-il pas le mal et ne le veut-il pas? C'est ici qu'il sera nécessaire d'expliquer ce que c'est que permission, afin que Ton voie que ce n'est pas sans raison qu'on emploie ce terme. Mais il faut expliquer auparavant
1. Il est étrange que la cause idéale du mal soit dans Tintelligence divine. Le dieu de Leibniz ne se distingue plus guère du dieu de Spinosa.
2. Le formel, la forme essentielle, ce qui est formellement dans 1(3 mal et le constitue essenlielleraenl.
3. La difficulté recule, mais subsiste. Il est aussi difficile d'expliquer pourquoi une cause ne fait pas le bien que de trouver la raison pour laquelle elle fait le mal.