NOTICE SCR LEIBNIZ. XI
puissance tout ce qui est développé et actuel chez les autres, par conséquent qu'il enveloppe l'infini ; mais d'autre part, il faut que chacun soit développé et déterminé à un degré difféi eut. De cette manière il y aura unité et diversité : chaque individu, sans cesser d'être distinct, représentera tout le reste et aura des rapports sans nombre avec tous les autres ; il sera le « miroir de l'univers ». Dans ce miroir vivant on pourrait apercevoir tout ce qui se fait chez les autres êtres, et même tout ce qui s'est fait et se fera, tant est grande cette harmonie des choses qui faisait déjà dire à Hippocrate : Tout est conspirant, 2u/x7rvoia Trdtvra.
Un individu imparfait ne peut ni connaître ni développer à la fois toutes ses richesses, « car elles vont à l'infini. » Il peut seulement lire en soi ce qui y est représenté par des « perceptions distinctes »-
La perception, selon Leibniz, n'est autre chose que la représentation du composé dans le simple, du tout dans les éléments, de l'univers dans chaque individu. Cette perception est confuse quand elle représente l'infinité des choses ; elle est distincte quand elle en représente une partie d'une manière spéciale. Par exemple, la perception de mon corps et des corps environnants est distincte, mais il y a en moi une multitude d'autres perceptions dont je ne m'aperçois pas, et qui par conséquent ne sont point des « aperceptions ». En d'autres termes, Tunivers entier fait impression sur moi et s'y reflète, mais cette perception que j'en ai enveloppe trop de choses pour être claire. Il demeure vrai pourtant de dire que « chaque âme « connaît l'infini, connaît tout, mais confusément. » En me promenant sur le rivage de la mer, j'entends le bruit qu'elle fait, et par là même j'entends, sans le discerner, le bruit particulier de chaque vague ; de