C'est faire au vice beaucoup d'honneur
2. Ici encore, c'est évidemment Leibniz qui fait de l'anthropomorphisme : il compare Dieu à un monarque dans l'embarras, qui fait comme il peut et a recours à des expédients. Sans doute, de son coté, Bayle compare les attributs de Dieu à ceux de l'homme, et nous ne pouvons pas faire autrement .dès que nous parlons de Dieu ; mais il les compare à la moralité de l'homme, qui est son attribut essentiel; Leibniz, lui, compare Dieu non à un homme vertueux et sainte mais à un général, à un financier, à un architecte, etc.
crédit établi, et il faut conniver en même temps à leurs malversations. Il est vrai que cette malheureuse nécessité vient le plus souvent des fautes précédentes. 11 n'en est pas de môme de Dieu. Il n'a pas besoin de personne, il ne fait aucune faute, il fait toujours le meilleur. On ne peut pas même souhaiter que les choses aillent mieux lorsqu'on les entend, et ce serait un vice dans l'auteur des choses s'il en voulait exclure le vice qui s'y trouve.
XI. « Un maître attaché aux intérêts de la vertu et au « bien de ses sujets donne tous ses soins à faire en sorte «c qu'ils ne désobéissent jamais à ses lois ; et, s'il faut qu'il « les châtie pour leur désobéissance, il fait en sorte que la « peine les guérisse de l'inclination au mal, et rétablisse < dans leur âme une ferme et constante disposition au bien, « tant s'en faut qu'il veuille que la peine de la faute les « incline de plus en plus vers le mal. »
Pour rendre les hommes meilleurs , Dieu fait tout ce qui se doit et même tout ce qui se peut de son côté, sauf ce qui ne se doit. Le but le plus ordinaire de la punition est l'amendement, mais ce n'est pas le but unique, ni celui qu'il se propose toujours. J'en ai dit un mot ci-dessus. Le péché originel, qui rend les hommes inclinés au mal, n'est pas une simple peine du premier péché, il en est une suite naturelle. On en a dit aussi un mot en faisant une remarque sur la quatrième proposition théologique. C'est comme l'ivresse qui est une peine de l'excès de boire, et en est en même temps une suite naturelle qui porte facilement à de nouveaux péchés.
XII. « Permettre le mal que l'on pourrait empêcher, c'est ■ ne se soucier point qu'il se commette ou qu'il ne se com- « mette pas, ou souhaiter même qu'il se commette »
Point du tout. Combien de fois les hommes permettent-ils des maux qu'ils pourraient empêcher s'ils tournaient tous leurs efforts de ce côté-là ? Mais d'autres soins plus importants les en empêchent. (1) On prendra rarement la résolu-
1. Anthropomorphisme qui compare Dieu k un homme empêché et préoccupé.
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tion de redresser les désordres de la monnaie pendant qu'on a une grande guerre sur les bras. Et ce que fit là-dessus un parlement d'Angleterre un peu avant la paix de Riswick sera plus Joué qu'imilé. En peut-on conclure que TÉtat ne se soucie pas de ce désordre ou même qu'il le souhaite ? Dieu a une raison bien plus forte et bien plus digne de lui de tolérer les maux. Non-seulement il eu tire de plus grands biens, mais encore il les trouve liés avec les plus grands de tous les biens possibles (1) : de sorte que ce serait un défaut de ne les point permettre.