‹ Extraits de MontaigneChapitre 103 sur 353 · CHAPITRE XX\'I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX\'I

(Cliapitre XXV dans IcJition de 1595.)

D- Viustitulion ' des aifatils. A Madame Diane de Foix, Cou t esse de Giirson -.

Sommaire ; Préambule : amour d'un père pour son fils ; Plutarque et Séncque, auteurs favoris de Montaigne; ce que sont les Essais. — Dédicace à Madame de

meilleurs conseillers aux affaires d'Estat, ont esté ensemble les plus sçavans. » C'est un « subject merveilleusement divers et ondoyant »

que Montaigne.

I. Institution n'est autre que le latin inslitntio, de institiiac (élever). Cf. (le r Institution oratoire, de Quintilien. Voltaire écrit encore :

« Vous faites do V institution des enfants un grand objet de gouvernement. » {Lettre à la Chalotais.) Voir page 109, note 7.

Le cliapitre de l'institution — ou de rétlucation — des enfants est un des plus importants du livre des Essais, celui peut-être qui renferme le plus d'idées neuves, le plus d'idées trouvées. « Il faut le lire, le lire avec lenteur, pour apprécier tout ce qu'il vaut, pour goûter tout ce qu'il (Montaigne) sème, dans ses écrits, de réflexions fines et pénétrantes, de vues neuves et \iardies. » (Compayré.)

L'institution des enfants fut, au x\ r siècle, une préoccupation nouvelle et clière à tous les grands esprits. Erasme écrivit sur ce sujet

!)lusieurs traités. Le cardinal Sadoet, Luther dans ses lettres, l'espagnol Vives, Kamus, Charron, Pasûuier même en ses Recherches mr l'hiftoire île France, dirent leur avis et proposèrent leurs idées de réforme. On connait les théories un peu confuses de Rabelais sur l'tilucation. ALiis, entre tous, Mon-

taigne s'est fait remarquer sur ce sujet p.-»r son indépendance et son humoristique sincérité. « Montaigne, a écrit Guizot (Des idées de Montaigne en fait d'éducation, dans le volume des Méditations et études morales, dernière édition.

Paris, Didier, 1872), nous olTre tout ce que peut offrir une tête saine, libre et forte, qui creuse les lois de la nature humaine, pénètre jusqu'à leur origine, les suit dans leurs applications, et appuie toutes ses opinions sur une connaissance profonde de l'homme, de ses droits et du développement de ses facultés. Qja'on croie tout ce qu'il conseille, qu>'on fasse tout ce qu'il recommande, on pourra avoir .à y ajouter : on aura besoin de conduire l'élève plus loin qu'il ne l'a fait ; mais il faut passer par la route qu'il a prise ; s'il n'a pas tout dit, tout ce qu'il a dit est vrai, et, avant de prétendre à le devancer, qu'on s'applique à l'.itteindre. »

La lecture du texte de Montaigne va nous apprendre ce qu'appelle de réserves ce jugement par trop favorable. Pour le moment, il nous suffit de connaitre l'idée générale de cet important chapitre : que l'éducation doit prendre le pas sur l'instruction, la formation morale sur la formation intellectuelle.

2. Charlotte -Diane de Foix- Candalle, tille de l'rédéric de Foix, captai de Hucli, comte de Candalle

ESSAIS DE MOXTAIGKE

Foix — DifHcultés et importance de l'èdacation. — Du choix d'un pic>.eptcur. — Critique de l'instruction de pure mémoire. — Il faut former lo jugement. — Utilité du commerce des hommes, des voyages et de l'étude Jcs langues étran-

f'éres. — Education physique. — Comment il faut que l'enfant se conduise dans a fréqucmjtion des hommes. — Obser^-ation de tout. — L'étude des livres, et panicUliéremeiit l'étude des anciens. — Etude des hommes : le monde sera le livre de l'ccolier. — Etude de la morale. — Etude des autres sciences. — La philosophie, bien entendue, n'est pas inaccessible aux enfants ; ses avantages ." il faut l'apprendre de bonne heure. — Nécessité des qu.ilités morales. — Eviter les excès de travail et ne pas user de rigueurs. — L'enfant peut s'instruire partout, car la philosophie se mèlc k tout. — Sévère douceur ; critique de !a discipline des collèges. — Il faut exercer le corps. — L'éducation doit préparer k l'action. — Former non un grammairien ni un logicien, mais un gentilhomme; non des spéci.ilistes, mais des hommes. — Avoir d'abord la tète pleine de choses : les paroles suivront; vanité de la rhétorique, de la poétique, et des sottes finesses de la logique. Le parler qu'aime Montaigne. — Comment .Montaigne apprit le latin. — Etude du grec. — Régime auquel il fut soumis. — Montaigne au collège. — Premières lectures. — Représentations de collège. — Conclusion : • Il y n'a tel que d'allécher l'appétit et l'affection, autrement on ne fait que des ines chargés de livres. »

Je ne vis jamais père, pour bossé de l'ave

ou boiteux - que fût son fils, qui laissast de l'avouer : non pourtant, s'il n'est du tout > enyvré de cet' affection, qu'il ne s'aperçoive de sa défaillance; mais tant y a^ qu'il est sien. Aussi moy, je voy mieux que tout autre que ce ne sont ic\' que resveries d'homme qui n'a gousté des sciences que la crouste première en son enfance, et n'en a retenu qu'un gênerai et informe visage : un peu de chaque chose, et rien du tout, à la françoise 5. Car, en somme,

et de Benauges, et de Françoise de La Rochefoucauld, épousa en 1579 Louis de Foix, comte de Gurson. Montaigne était l'ami de la famille, et, comme il nous en avertit plus loin, il eut « grande part à la conduite de ce mariage ».

— Comme les deux premiers livres des Essiiis turent publiés en 1580, et que le mariage avait eu lieu en 1579, ce chapitre XXVI (XXV) ne put être écrit qu'en 1579-80, alors que Diane de Foix allait être •nére.

I. Bossé. — C.-à-d. hssit. Se dit ricore en l.ingage de marine :

ancre bossêe.

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