Ce néant-moins. — C.-à-d
malgré cela. — Néanmoins vient de néant et mo'ms (rien moins').
9. Variante dans l'édition de I ;9) : « Il fault avoir les reins bien
monstres, comme font les escrivains indiscrets de nostre siècle, qui parmy leurs ouvrages de néant vont semant des lieux entiers des anciens autheurs pour se faire honneur de ce larrecin ; et c'est au contraire, car cett' infinie dissemblance de lustres ' rend un visage si pasie, si terni et si laid à ce qui est leur 2, qu'ils y perdent beaucoup plus qu'ils n'y gnignent 3.
Il m'advint l'autre jour de tomber sur un tel passage 4. J'avois trainé languissant après des parolles françoises si exangues 5, si descharnées et si vuides de matière et de sens, que ce n'estoient voirement ^' que paroles françoises 7. Au bout d'un long et ennuyeux chemin, je vins à rencontrer une pièce haute, riche et eslevée jusques aux nues ; si j'eusse trouvé la pente douce et la montée un peu alongée, cela eust esté excusable : c'estoit un précipice si droit et si coupé, que des six premières paroles je conneuz que je m'envolois en l'autre monde. De là je descouvris la fondrière d'où je venois, si basse et si profonde, que je n'eus onques plus le cœur de m'y ravaler **. Si je fardois l'un de mes discours de ces riches
fermes pour entreprendre Je marcher front à front avecques ces gents là. Les escrivains indiscrets... »
1. Lustres. — Avec l.n signification de lumirrcs, de traits brillants, à' éclat en général.
2. A ce qui est leur, c.-à-d. à ce qui leur appartient, à ce qui est leur œuvre (des écrivains indiscrets).
}. Addition dans l'édition de 1595 : (I C'estoient deux contraires fantaisies : le philosophe Chrysippus niesloit à ses livres, non les passages seulement, mais des ouvrages entiers d'autres aucteurs, et en un la Medce d'Iiuripidcs ; et disoit Apollodorus que, qui en rctr.mcheroit ce qu'il y avoit d'estrangier, son papier demeureroit en blanc : Hpicurus, au rebours, en trois cents volumes qu'il laissa,
n'.ivoit pas mis une seule allégation. »