Dans l'édition de 1595, le .^sagc suivant a été ajouté
Qu'il celé tout ce dequoy il a esté secouru, et ne produise que ce qu'il en a faict. Les pilleurs, les emprunteurs, mettent en parade leuri hastiments, leurs achapts : non pas ce qu'ils tirent d'aultruv : vous ne veovez pas les espicesJ'un homme de parlement; vous veoyez les alliances qu'il a gaignces, et honneurs à ses enfants • nul ne met en compte publicquc sa recepte : chascun y met son acquest. Le gaing de nostre
estude, c'est en estre devenu meilleur et plus sage. »
3. Epicharme, poète comique et philosophe pythagoricien, vivait au v siècle avant J.-C, en Sicile. Il avait composé un ouvrage sur la nature des choses, et on croit généralement que de cet ouvrage a été tiré le passage que cite Montaigne.
4. La phrase revient à dire que, sans l'aide de l'entendement, toutes les autres facultés seraient sans force et sans action.
5. L'expression tout entière est hardie et énergique. Empennées particulièrement signifie toutes emplumèes, et évoque l'idée d'oiseaux avec toutes leurs plumes.
Les pensée? nous seraient donc « placquées en la mémoire » telles quelles, avec tout le fatras des mots qui les enveloppent.
comme des oracles, où les lettres et les syllabes sont de la substance de la chose '. Je voudrois que le Pakiël ou Pompée, ces beaux danseurs de mon temps, apprinsent des caprioles^ à les voir seulement faire, sans nous bouger de nos places, comme ceux-cy veulent instruire nostre entendement, sans l'esbranler et mettre en besongne'. Or, à cet apprentissage, tout ce qui se présente à nos yeux sert de livre suffisant : la malice d'un page, la sottise d'un valet, un propos de table, ce sont autant de nouvelles matières 4.
I. Ici Montaigne a placé, dans l'édition de 1595, un des passages les plus caractéristiques et les plus curieux de son livre : « Sçavoir par cœur n'est pas sçavoir ; c'est Tenir ce qu'on a donné en garde à sa mémoire. Ce qu'on sçait droittement, on en dispose, sans regarder au patron , sans tourner les yeux vers son livre. Fascheuse suffisance, qu'une suffisance pure livresque ! Je m'attens qu'elle serve d'ornement, non de fondement : suivant l'advis de Platon, qui dit « la fermeté, la foy, la sincérité, cstre la vraye philosophie ; les aultres sciences, et qui visent ailleurs, n'estre que fard. « — Cette condamnation si catégorique de la suffisance pure livresque est d"aut.nnt plus à remarquer, que le siècle de Montaigne fit souvent abus d'érudition et que « maitre Thubal Holopherne apprenait encore à Gargantua sa charte si bien qu'il la disait par cucur au rebours »
(Rabelais). — Rousseau a dit de même dans YEmilc : « L'abus des livres tue la science. Croyant savoir ce qu'on a lu, on se croit dispensé de l'apprendre. Trop de lecture ne sert qu'à faire de présomptueux ignorants. Tant de livres nous font négliger le livre du monde. »