‹ Extraits de MontaigneChapitre 121 sur 353 · Addition de · texte numérisé non relu

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« ou qu'on nous apprinst à manier un cheval, ou une pique, ou un luth, ou la voix, sans nous y exercer, comme ceux icy nous veulent apprendre à bien juger et à bien parler, sans nous exercer à parler ny à juger. » — On voit avec quelle insistance Montaigne recommande les exercices pratiques qu'il est nécessaire de joindre à la théorie.

4. C'est là parler en fort bons termes de véritables Uçons de choses.

— « Se préoccupant avant tout des « jugemens pratiques et concernans Testât humain » (le mot est de Rabelais et pourrait être de Montaigne), ils ne comprennent point (Rabelais et Montaigne) qu'on p.ilisse tant d'années sur d'arides traités. La science sans doute (pour Rabelais plus que pour Montaigne) peut se trouver dans les livres ; mais elle est ailleurs aussi, elle est partout, dans la contemplation du ciel étoile, dans les hasards des promenades, dans

ESSAIS m- MONTAIGNE I3I

A cette cause le commerce des hommes y est merveilleusement propre, et la visite des pays estrani:!;ers ', non pour en rapporter seulement, à la mode de nostre noblesse françoise, combien de pas a Santa rotoiida ^, ou la richesse des calcssons de la Signera Livia 3, ou, comme d'autres, combien le visage de Néron, de quelque vieille ruvne de là, est plus long ou plus large que celuv de quelque pareille médaille, mais pour en raporter principalement les humeurs de ces nations et leurs façons, et pour frotter et limer nostre cervelle contre celle d'autruy. Je voudrois qu'on commençast à le promener dés sa tendre enfance, et premièrement, pour faire d'une pierre deux coups, par les nations voisines où le langage est

les causeries de la table, dans ces leçons « sans obligation de temps et de lieu », qui se mêlent à tous les actes de notre vie et « se coulent sans se faire sentir », pour caractériser la méthode de Rabelais par les expressions de Montaigne lui-même. « Au nostre, dira encore Montaigne, un cabinet, un jardin, la table et le lit, la solitude, la compagnie, le matin et le vespre, toutes heures luy seront unes, toutes places lui seront eslude. » C'est la pure méthode de Socrate. (Ilémon, Cours de littérature, Moiitiiign:.)

I. <■ Montaigne, veut garder son élève de la maladie de l'intolérance, et pour cela il lui fait voir de bonne heure la diversité des mœurs et des opinions humaines.

Il le fait voyager. Il le promène par le monde. Mais n'a-t-il pas a craindre que, par un défaut contraire, il ne reste flottant et trop impartial, que sais-je ? un doutcur, un Montaigne ? fâcheux état de l'àme pour Thonime jeune, dans làge de l'action. L'action ?

mais son nerf, son ressort ser-iit

brisé. L'homme en sa grande force n'aboutirait à rien. Dès vingt ans, il aurait le malheur de ressembler à l'auteur des Essais : il s'enfermerait déjà pour songer dans sa « librairie ». (Michelet, Nos Jils.) — Ces vues de Montaigne sur l'importance des vovages pour l'éducation, et plus particulièrement pour le développement d'un large esprit de tolérance, pouvaient passer pour fort neuves et fort originales. Toutefois les voyages étaient en honneur dès le XVI' siècle, et Montaigne lui-même avait visité l'Allemagne et l'Italie. (Voir page 60, note 4).

2. C'est le nom généralement donné par les habitants de Rome au Panthéon d'Agrippa, devenu une église catholique.

}. Ce peut être un nom pris au hasard, ou bien il s'agirait d'une dame romaine dont Mont.iigiic aurait entendu parler au cours de son voyage et qui serait demeurée inconnue pour nous.

plus csloigné du nostre, et auquel, si vous ne la foniicz ■de bon'hcure, la langue ne se peut façonner '.

Aussi bien est-ce une opinion rcceuë d'un chacun, que •ce n'est pas raison de nourrir un enfant au giron de ses parens : cette amour ^ naturelle les attendrist trop et relasche, voire les plus sages ; ils ne sont capables ny de •chastier ses fautes, ny de le voir nourry grossièrement, comme il faut, et sans délicatesse ; ils ne le sçauroient ■soufiVir revenir suant et poudreux de son exercice, ny le voir bazarder tantost sur un cheval farouche, tantost un floret au poing, tantost un' harquebouse. Car il n'y a remède qui en veut faire un homme de bien > : sans doubte il le faut bazarder un 'peu en ceste jeunesse, et ;SOUvent choquer les règles de la médecine.

Vitainqiie stih dio et trepidis agat lu rébus ■*.

Et puis 5 l'authorité du gouverneur, qui doit cstre sou-

1. Montaigne est bien le premier écrivain qui ait aussi expressément signalé l'importance des langues étrangères. Il ne manque pas même d'en recommander 1 etude et, mieux que l'étude, la pratique dés le bas âge.

2. Amyot, Montaigne et beaucoup d'autres écrivains du -Wi' siècle emploient ce mot, tantôt au masculin, tantôt au féminin.

}. La ponctuation, et partant le sens, est autre dans les éditions postérieures : « car il n'y a remède : qui en veut faire un homme de bien, il le faut... » La clarté y ga;,'ne.

4. n Qjj il passe sa vie à la belle étoile, qu'il vive au milieu des alarmes. " (Horace, Oi/cj, III, 2, 5.)

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