Addition de l'édition de
« Ce n'est pas assez de lui roidir l'amc; il luy faut aussi roidir les muscles : clic est trop pressée, si
elle n'est secondée et a trop à faire de seule fournir à deux offices. Je sçay combien alianne la mienne en compagnie d'un corps si tendre, si sensible, qui se laisse si fort aller sur elle; et apperçoy souvent, en ma leçon, qu'en leurs escrits mes maistres font v.iloir pour magnanimité et force de courage, des exemples qui tiennent volontiers plus de r«spe«6issure de la ptetiu et durté des os.
« J'ay veu des hommes, des femmes et des enfants ainsi nayz, qu'une bastonade leur est moins qu'à moy une chiquenaude ; qui ne remuent ny langue ny sourcil aux ciiups qu'on leur donne. Qii.ind les athlètes contrefont les philosophes en patience, c'est plustost vigueur de nerfs que de cœur.
Or, l'accoustumance à porter le travail est accoustumancc à porter la douleur : Libor calliiw obducit
veraine sur luv, s'interrompt et s'enipeschc par la présence des parens. Joint que ce respect que la famille luy porte, la connoissance des moyens et grandeurs de sa maison, ce ne sont à mon opinion pas legieres incommoditez en cet aage '.
En cette eschole du commerce des hommes, j'ay souvent remarqué ce vice, qu'au lieu de prendre connoissance d'autruy, nous ne travaillons qu'à la donner de nous, et sommes plus en peine d'emploiter nostre marchandise que d'en acquérir de nouvelle. Le silence et la modestie sont qualitez trés-commodes à la conversation des hommes. On dressera cet enfant à estre espargnant et mcsnagicr de sa suffisance, quand il l'aura acquise; à ne se formalizer point des sottises et fables qui se diront en sa présence, car c'est une incivile importunité de choquer tout ce qui n'est pas de nostre goust ^. On luy apprendra de n'entrer en discours
dolori. Il le faut rompre à la peine et aspreté des exercices, pour le dresser à la peine et aspreté de dislocation, de la colique, du causterc. et de la geaule aussi et de la torture; car de ces derniers icy, encore peut il estre en prinse, qui regardent les bons, selon le temps, comme les meschants : nous en sommes à l'espreuve; quiconque combat les loix, menace les gents de bien d'escourgees etdela corde. »
II était intéressant de reproduire ici ce pass.ige, qui semblerait si peu avoir été écrit par Monl.iigne, si « doulcement » élevé, préoccupé toujours de fuir le souci et la peine, toujours prêt à « s'anonclulir et avachir ». Montaigne préconisant l'éducation « rust.iudc », pour dire comme M"" de Sévigné !
I. Cette préférence, .issez nettement accordée à l'éducation publique sur l'éducation privée, à l'éducation du collège sur Téducation dans la famille, n'empêche
pas Montaigne de condamner un peu plus loin le régime de l'internat : n Je ne veux pas qu'on emprisonne cet enfant dans un collège. » Il a suivi en externe les cours du collège de Guiennc, logeant en ville avec des précepteurs qui savaient « dextrcment conniver » à toutes ses inclinations personnelles. Voilà, suivant lui, le meilleur système. Mais il faut pouvoir se l'offrir.