‹ Extraits de MontaigneChapitre 129 sur 353 · Les dix mille pyrites du monde · texte numérisé non relu

Les dix mille pyrites du monde

}. Galler se trouve très fréquemment employé dans l'ancienne langue avec la signification de se réjouir, se donner du bon temps.

Villon a dit :

Je plains le temps de ma jeunesse Auquel ay plus qu'en autre temps gaW.

Nous gardons encore galant, galanterie, gala (■réjouissance de table).

4. Le pronom n'est pas répété devant le verbe admire. Dans les

pronoms personnels, et c'est le seul exemple du maintien de l'ancienne déclinaison française, les cas sujets se sont maintenus .i côté des cas régimes : je, tu, il, à coté de moi, loi, lui. Pourtant, dès le XII' siècle, les formes du régime tendent à se substituer à celles du sujet, et cela est Je règle quand, comme dans le pass.ige, on détache le sujet au commencement de la phrase. Mais généralement, comme les pronoms /«, tu, il, sont devenus des formes grammaticales, en quelque sorte inséparables du verbe dont elles marquent la personne, on les joint au verbe même après moi, toi, lui. Ex. : moi, j'ndwire.

). C'est apparemment Montaigne qui im.-igine ce plaisant Savoyard, dont le mot n'est rapporté p.ir aucun autre écrivain.

6. Dans les éditions postérieures : i> Nous sommes insensiblement tous en cette erreur : erreur de gr.Mjde suitte et préjudice. »

qui se remarque là dedans, et non soy, mais tout un royaume, comme un traict d'une pointe trés-delicate, celuy-là seul estime les choses selon leur juste o;randeur '. Ce grand monde, que les uns multiplient encore comme espèces soubs un genre, c'est le miroûcr où il nous faut regarder pour nous connoistre de bon biais. Somme 2, je veux que ce soit le livre de mon escholier. Tant d'humeurs, de sectes, de jugemens, d'opinions, de loix et de coustumes nous apprennent à juger sainement des nostres, et apprennent nostre jugement à reconnoistre son imperlcction et sa naturelle foiblesse ; qui n'est pas un legier apprentissage. Tant de remuements d'estat et changements de fortune nous instruisent à ne faire pas grande recepte de la nostre 3. Tant de noms, tant de victoires et conquestes ensevelies soubs l'oubliance 4, rendent ridicule l'espérance d'éterniser nostre

1. Pascal se souviendra de la grande idée de ce passage, quand il écrira la fameuse page des Pensées (Art. i'') : « Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté...

Que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit ; et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est ijii'iiii point très délicat à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. » M. Molinier lit pointe très délicate, ce qui rend le rapprochement plus frappant encore. — Pasc-il, dans ce même passage, dit : « le petit cachot où il (l'homme) se trouve logé, j'entends l'univers ». Montaigne a parlé ailleurs du n petit caveau » où nous sommes logés.

2. Somme, c.-à-d. : en somme, en résumé. Nous disons encore somme tonte. Vaugelas préférait somme à somme tonte.

}. « Voyant le pour et le contre, l'élcve ainsi formé acquerra la plus

aimable des vertus, la plus inconnue des contemporains de Montaigne, la tolérance. Peut-être même sa tolérance ne sera-t-elle pas sans quelque mélange de scepticisme, car il aura beaucoup voyagé, beaucoup lu dans le « livre du monde » ; à cette école du commerce des hommes, il n'aura pas seulement appris à « frotter et limer sa cervelle contre celle d'autruy », mais à comparer curieusement les opinions diverses et \ reconnaître « notre faiblesse naturelle ». I! ne sera dupe de rien ; il ne le sera pas des grands mots ; peut-être même ne le sera-t-il pas des grandes choses, cù il ne verra que de grands mots encore. »

(Hémon, Cours de littérature, Montaigne.')

4. Souhs l'oubliance, c.-à-d. dan l'oubli. — Le mot ouhliance est peu usité, mais non entièrement perdu.

Il était d'usage très fréquent ;ui XV* siècle (Villon) et au xvi* siècle (Marot, Amyot, Pasquicr).

nom par la prise de dix argolets et d'un pouillicr ' qui n'est conneu que de sa cheute. L'or<:;uciI et la hcreté de tant de pompes estrangieres, la magcsté si enHée de tant de cours et de grandeurs, nous ferniit et asseure la veiie à soustenir l'esclat des nostrcs sans siller les yeux ^. Tant de milliasses > d'hommes enterrez avant nous nous encouragent à ne craindre d'aller trouver si bonne compagnie en l'autre monde ! Ainsi du reste 4.

Aux exemples se pourront proprement assortir tous les plus profitables discours de la philosophie, à laquelle se doivent toucher les actions humaines comme à leur reigle s. On luy dira,

Qnid fas optare, qui asper Utile nummus habet ; pairia carisque propitiquis Quantum elargiri deceat ; quem te Deus esse Jtissit, et humana qua parte locaverit in re ; Quid sumas, aut qtiidnam xHcturi gignimur * ;

1. Un argolti, ou argoulet, était un arquebusier h. cheval ; comme il n'avait qu'un rôle secondaire, après les autres cavaliers, il a pu être regardé comme sans importance, et on a appelé arpolet tout homme sans valeur. « On a dit argoulet pour un homme de néant. ■> (Ménage.) — Ponillier mauvaise auberge. — Donc il faut entendre : « éterniser twstre nom pur Ai prise de dix mauvais soldats et d'une bicoque. »

2. Siller Us yeux. — Proprement, siller, ou ciller, c'est remuer Us cils, et par suiti: fermer les yeux.

j. Milltassi- est un synonyme perdu de Irillion. Ici, un grand nombre.

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