‹ Extraits de MontaigneChapitre 133 sur 353 · Li science ne doit donc ve · texte numérisé non relu

Li science ne doit donc ve

nir qu'après l'éducation pratique du jugement et l'éducation morale.

S'il s'agissait de dire que l'esprit doit avoir reçu une formation générale avant de se spécialiser, ce serait parfait. Mais Montaigne, visiblement, fait si peu de cas des choses apprises et de l'instruction spéculative, qu'il va ne dire qu'un mot, en passant, des études proprement dites, pour revenir tout aussitôt à ce qui est son gr.ind souci, la formation morale. Tout Ce développement révèle un singulier dédain des hautes études et de cette culture désintéressée qu'on peut appeler la science pour la science.

5. C.-à-d. en deiiiant, par conversation, par l'enseignement oral de la causerie, si fécond, en eflfet, et si agréablement facile.

6. Le maitrc devra tantôt mettre le texte même du livre sous les yeux de l'élève, tantôt mâcher, simplifier, éclaircir, résumer, et ne donner que la moelle.

institution, tantost il luy en donnera la moelle et la substance toute maschée. Et si de soy niesme il n'est assez familier des livres pour y trouver tant de beaux discours qui y sont, pour l'effect de son dessein, on luy pourra joindre quelque homme de lettres, de qui à chaque bcsoing il retire les munitions qu'il luy faudra, pour après à sa mode les distribuer et dispenser à son nourrisson. Et que cette leçon ne soit plus aisée et naturelle que celle de Gaza ', qui y peut faire doute? Ce sont là préceptes espineux et mal plaisans, et des mots vains et descharncz, où il n'y a point de prise, rien qui vous esveille l'esprit, rien qui vous chatouille ^; en cette cv 5 l'amc trouve où mordre, où se paistre et où se gendarmer. Ce fruict est plus grand sans comparaison,

iy, et si sera plustost nieur)'.

^ C'est grand cas que les choses en soyent là en nostre siècle, que la philosophie ce soit, jusques aux cens d'entendement, un nom vain et fantastique, de- nul usage et de nul pris 4. Je croy que ces ergotismes s en sont cause qui ont saisi ses avenues. On a grand tort de la peindre

1. Gaza, ou Théodore de G.iza, était un savant du xv" siècle. Il était né à Thessaloniquc, et était passé en Italie avec plusieurs savants de la Grèce. Il fonda l'université de Ferrare, et laissa une grammaire grecque fort obscure et difficile pour des commençants.

C'est à cette grammaire, sans doute, qu'il est ici fait allusion.

2. C'est ainsi que Montaigne recherche toujours le mot expressif et même un peu forcé.

5 . En cette cy. — C.-à-d. . en cette Ufon-ci, dans la méthode d'enseignement que Montaigne préconise.

— Cette c\, forme arch.iique pour celle-ci. Cette de eecistam (ecce islam), icestc, ccite, cette. Cf. ustui.

— Pour l'origine de cy, ci, voir page 50, note 3.

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