‹ Extraits de MontaigneChapitre 136 sur 353 · C.-à-d. à son inouïe · texte numérisé non relu

C.-à-d. à son inouïe

2. Montaigne, mêlant toutes les idées, semble vraiment n'avoir plus de la morale et de la vertu que la conception épicurienne, celle qui en fait la modération dans la jouissance. Il écrit, quelques lignes plus loin, dans un développement des mêmes considérations qui ne peut être entièrement reproduit ici : « C'est (la vertu) la mère nourrice des plaisirs humains : en les rendant justes, elle les rend seurs et purs ; les modérant, elle les tient en haleine et en appétit ; retranchant ceulx qu'elle refuse, elle nous aiguise envers ceulx qu'elle nous laisse ; et nous laisse abondamment touts ceulx que veult nature, et jusques à la satiété, sinon jusques à la lasseté,

maternellement Elle sçait estre

riche, et puissante, et sçavante, et coucher en des matelats musquez ; elle ayme la vie, elle ayme la beaulté, et la gloire, et la santé ; mais son office propre et particulier, c'est sçavoir user de ces biens là reglcemcnt, et les sçavoir perdre constamment ; office bien plus noble qu'aspre, sans lequel tout cours de vie est desnaturc, turbulent et difforme, et y peult on justonicnt attacher ces escueils, ces halliers et ces monstres. » — Cette mesquine et misérable idée que Montaigne nous donnerait du devoir et de la vertu est, si l'on veut, d'un niuKiblc et bon vivant,

d'un épicurien à l'humeur gaie, d'un intéressant égoïste : elle n'est pas d'un noble cœur, ni d'un grand esprit. Et si, en matière d'éducation intellectuelle, ce fameux chapitre de l'Institution des enfants passe avec raison pour un guide sûr, presque définitif sur beaucoup de points, il ne nous fournit, pour ce qui est de la pédagogie morale, que des principes bien incomplets, bien peu élevés et mal fondés ». L'auteur des Essais manquait trop des hautes qualités du cœur pour en parler bien ; et il était trop incapable de l'efl'ort qu'exigent les grands devoirs pour vouloir conn.-iitre de la vie autre chose que la vertu commode où l'on arrive it par des routes ombrageuses, gazonnées et doux fleurantes ». — Dans Y Entretien de Pascal et de M. de Saci, ces étranges théories de .Montaigne ont été vivement relevées

3. K La plus expresse marque de la sagesse, c'est une esjouissann constante; son estât est, comme des choses au-dessus de la lune, toujours serein, a (Addition de

4. Deux termes de la logique scolastique. Les dix-neuf formes légitimes du syllogisme y étaient exprimées par dix-neuf termes factices dans lesquelles les voyelles seules avaient un sens de convention.

5. Il désigne ainsi les logiciens scolastiqucs, qui tenaient pour les

ainsi marnutcux ' et enfumés; ce n'est pas clic, ils ne la connoissent que par ouïr dire. Comment ? elle faict estât de serainer ^ les tempestes de la fortune, et d'apprendre la tain et les fiebvres à rire, non par quelques epicvcles imaginaires ', mais par raisons grossières, maniables et palpables +. Puis que c'est elle qui nous

vicillfs formes de la logique et qui, par l'abus J'uiic terminologie bartare, rebutaient les esprits.

1. Marmileiix, de mar (mal) et de tnilis (doux), signifie misèrahlf, souffreteux. — Voir page m, note 7. — Variante des éditions postérieures : « leurs supposts ainsi crotte^ et enfumez ».

Page 1