‹ Extraits de MontaigneChapitre 149 sur 353 · D'après Plutarque, Apophthegmes des Lacèdimoniens · texte numérisé non relu

D'après Plutarque, Apophthegmes des Lacèdimoniens

158 ESSAIS DE MOXTAIGN'E

Comparez, au bout de 15 ou 16 ans, à cettuy cy un de CCS latincurs ' de collège, qui aura mis autant de temps à n'aprcndre simplement qu'à parler. Le monde n'est que babil, et ne vis jamais homme qui ne die plustost plus que moins qu'il ne doit ; toutefois la moictié de nostre aage s'en va là -. On nous tient quatre ou cinq ans à entendre les mots, et les coudre en clauses ' ; encorcs autant à en proportionner un grand corps estendu en quatre ou cinq parties 4 ; et autres cinq pour le moins à les sçavoir brefvemcnt mesler et entrelasser de quelque subtile façon 5. Laissons cela à ceux qui en font profession expresse.

Allant un jour à Orléans, je trouvay dans cette plaine, au deçà de Clery, deux regens qui venovent à Bourdeaux, environ à cinquante pas l'un de l'autre ; plus loing derrière eux, je descouvris une troupe et un maistre en teste, qui estoit feu monsieur le comte de la Rochefoucaut. Un de mes gens s'enquit au premier de ces régents, qui estoit ce gentil'homme qui venoit après luy. Luy, qui n'avoit pas veu ce trein qui le suyvoit, et qui pensoit qu'on luy parlast de son compagnon, respondit plaisamment : « Il n'est pas gentil'homme, c'est un grammairien, et je suis logicien. » Or nous qui cerchons icy, au rebours, de former non un grammairien

1. Lalhtciir est pour latiniste, et 1.1 forme iiiusitce du mot indique une intention de r.iillerie. Rousseau dira mieux encore, en vantant la supériorité de son Emile sur l'élève du collège : « Quelle différence d'Emile à un polisson de collège 1... » — « Tous ceux qui élèvent un enfant imaginaire se niontrenl toujours cliarmés du résultat de leur œuvre. » (Petit de Julleville.)

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