‹ Extraits de MontaigneChapitre 162 sur 353 · C-h-d. dépité, fâche · texte numérisé non relu

C-h-d. dépité, fâche

3. Montaigne est en avance sur son temps quand il recommande ainsi l'étude des langues 'vivantes.

On sait si l'idée, depuis, a fait du chemin. Toutefois il est .i noter que la langue à « bien sçavoir premièrement n est la langue maternelle.

4 . Agencement ou adgrncement, signifie ornement de l'esprit. — - Cette phrase si piquante ne soulève rien moins que la question si importante, et aujourd'hui si actuelle, de l'utilité des études classiques. De ladiscuterici, cela nous entr.iinerait

fliçon d'en avoir meilleur marché que de coustume, qui

a esté essavée en mov mesmes : s'en servira qui voudra ' .

Feu mon père ^, ayant fait toutes les recherches

trop loin. Disons au moins que, dans notre pays et dans l'état présent des habitudes intellectuelles, la connaissance du grec et du latin est à peu prés indispensable à cette foni'Mtion générale sans laquelle il n'est guère d'esprits supérieurs.

Mais, dira-t-on, il s'agit précisément de changer ces habitudes, et que sait-on si on n'arrivera pas à trouver les mêmes avantages dans une formation plus moderne ? Le temps pourra seul donner i ce problème une solution indiscutable.

En attendant, il faut peut-être plaindre les premières intelligences sur lesquelles doivent se faire, un peu comme à tâtons, ces sortes d'expériences. Un point hors de contestation, c'est qu'il est inutile d'enseigner le grec et le latin k ceux qui ne sont pas assez bien doués pour l'apprendre; et il faut avouer qu'on n'a pas toujours tenu compte de cette vérité si simple, c Rien de plus niais que la routine des classes du latin et du grec pour tous. Les œuvres anciennes sont excellentes pour former le stj'le.

Or, qui a besoin, avant tout, d'un style ? Ceux qui doivent être professeurs, rhéteurs, ou, par hasard, très grands écrivains éloquents, ou, par un hasard plus grand encore, poètes. Mais la majorité de la nation a besoin d'éducation profissionnelle et spiriaU. ■> (Alfred de Vignv, Journal d'un po<-le.)

1. Montaigne va nous conter par le menu comment il apprit le latin. C'est une curieuse expérience.

2. Montaigne parle ailleurs de son père, au liv. I, chap. XXXIV

(édition 1595), au liv. II, chap. II (édition 1595) et chap. XII. — Voici le portrait qu'il en fait dans une digression de ce chapitre II du second livre (édition de 159s) :

« Il parloit peu et bien ; et si mesloit son langage de quelque ornement des livres vulgaires, sur tout espagnols; et entre les espagnols, luy estoit ordinaire celuy qu'ils nommoient More Aurcle. Le port, il l'avoit d'une gravité doulce, humble et tresmodeste; singulier soing de l'honnesteté et décence de sa personne et de ses habits, soit à pied, soit à cheval ; monstrueuse foy en ses paroles; et une conscience et religion, en gênerai, penchant plustost vers la superstition que vers l'aultre bout : pour un homme de petite taille, plein de vigueur, et d'une stature droicte et bien proportionnée ; d'un visage agréable, tirant sur le brun; adroict et exquis en touts nobles exercices. J'ay veu encores des cannes farcies de plomb, desquelles on dict qu'il exerceoit ses bras pour se préparer à ruer la barre ou la pierre, ou à l'escrime ; et des souliers aux semelles plombées, pour s'alléger au courir et .lu saulter. Du primsault, il a laissé en mémoire des petits miracles : je l'ay veu, par de là soixante ans, se mocquer de nos alaigresses, se jecter avecques sa robbe fourrée sur un cheval, faire le tour de la table sur son poulce, ne monter gueres en sa chambre, sans s'eslancer trois ou quatre degrez à la fois. » — Montaigne ajoute que son père « se maria bien avant en aage, l'an mil cinq cent vingt et huict, qui estoit

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qu'homme peut faire, parmy les gens sçavants et d'entendement, d'une forme d'institution exquise', fut advisé de cet inconvénient qui estoit en usage ; et luv disoit-on que cette longueur que nous mettions à apprendre les langues estoit la seule cause pourquoy nous ne pouvions arriver à la perfection de science ^ des anciens Grecs et Romains, d'autant que le langage ne leur coutoit rien ; je ne les en croy pas, que ce en soit la seule cause. Tant y a 5 que l'expédient que mon père y trouva, ce fut que en nourrice, et avant le premier desr.ouement de ma langue, il me donna en charge à un Alleman, qui depuis est mort fameux médecin en 1 rance, du tout 4 ignorant de nostrc langue, et trésbien versé en latine 5. Cettuy-cy, qu'il avoit faict venir exprés et qui estoit bien chèrement gagé, m'avoit continuellement entre les bras. Il en eust aussi avec luy deux autres moindres en sçavoir pour m'accompngncr et servir, et soulager le premier : ceux-cy ne m'entretenoient d'autre langue que latine. Quant au reste de sa maison, c'estoit une reigle inviolable, que ny luy mesme, ny ma mère, nv valet, ny chambrière, ne parloyent en ma compaigiiie qu'autant de mots de latin que chacun avoit apris pour jargonner avec moy <>. C'est merveille du truict

son trente et troisiesme, sur le chemin de son retour d'Italie, aprez avoir eu longue part aux guerres delà les monts, desquelles il nous a laissé un papier journal de sa main , suyvant poinct par poinct ce qui s'y passa et pour le le public, et pour son privé. »

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