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Montaigne, sans craindre le

Au reste, quelle sorte de nostre suffisance ne reconnoissons nous aux opérations des animaux ? Est-il police reliée avec plus d'ordre, diversifiée à plus de charges et d'ofiices, et plus constamment entretenue que celle des mouches à miel?... Les arondelles, que nous voyons au retour du printemps lureter tous les coins de nos maisons, cherchent elles sans jugement et choisissent elles sans discrétion, de mille places, celle qui leur est la plus commode à se loger ? Et en cette belle et admirable contcxture de leurs oastimens, les oiseaux peuvent ils se servir plustost d'une figure quarrée que de la ronde, d'un angle obtus que d'un angle droit, sans en sçavoir les conditions et les efiects? prennent ils tantost de l'eau, tantost de l'argile, sans juger que la dureté s'amollit en l'humectant ? planchent ils de mousse leur palais ou de duvet, sans prévoir que les membres tendres de leurs petits y seront plus mollement et plus à l'aise ? se couvrent ils du vent pluvieux, et plantent leur loge à l'orient, sans connoisWe les conditions différentes de ces. vents et considérer que l'un leur est plus salutaire que l'autre ? Pourquoy espessit l'araignée sa toile en un endroit et relasche en un autre ; se sert à cette heure

par.idose ni aucune sorte d'exagération, commence ici entre l'homme et les animaux une très longue comparaison qui tourne tout entière à l'avantage de ces derniers.

Il dépense, dans celte thèse insoutenable, plus d'esprit que de logique. Sans faire des animaux, comme le voulait Descartes, de simples automates, on ne saurait leur accorder les mêmes facultés qu'à l'homme. Presque tout se réduit, chez eux, à l'instinct, à des inclinations fatales. S'ils ne sont pas étrangers aux formes inférieures de notre intelligence (perception, mémoire, association d'idées, imagination reproductrice), ils ne s'élèvent jamiis à l'appréhension consciente des rapports généraux, à la

raison proprement dite. La perfection même des actes qu'ils accomplissent dans l'ordre de leurs instincts se retourne contre eux, lorsque nous les voyons incapables d'aucune preuve d'intelligence en dehors de cet ordre : « L'abeille est admirable, dit Voltaire, mais c'est dans sa ruche ; hors de là, l'abeille n'est au'une mouche. »

D'autre part Montaigne voudra triompher de ce que l'animal atteint du premier coup le plus haut point de son art ; mais cela même prouve que, incapable de tout progrès, il agit fatalement, sans raisonner son acte et sous la seule direction de la nature, ou plutôt de Dieu.

de cette sorte de neud, tantost de celle-là, si elle n'a et délibération, et pensement, et conclusion?

Nous reconnoissons assez, en la pluspart de leurs ouvrages, combien les animaux ont d'excellence au dessus de nous et combien nostre art est foible à les imiter. Nous voyons toutcsfois aux nostres, plus grossiers, les facultez que nous y employons, et que nostre ame s'y sert de toutes ses forces; pourquoy n'en estimons nous autant d'eux? pourquoy attribuons nous à je ne sçay quelle inclination naturelle et servile les ouvrages qui surpassent tout ce que nous pouvons par nature et par art ' ?

Nature a embrasse universellement toutes ses créatures ; et n'en est aucune qu'elle n'ait bien plainement fournv de tous moyens nécessaires à la conservation de son cstre : car ces plaintes vulgaires que j'oy faire aux hommes (comme la licence de leurs opinions les esleve tantost au dessus des nues, et puis les ravale aux antipodes), que nous sommes le seul animal abandonné, nud sur la terre nue, lié, garotté, n'aj'ant dequoy s'armer et couvrir que de la despouille d'autruy... Ces plaintes là sont fauces; il y a en la police du monde une csgalité plus grande et une relation plus uniforme

...Il faut contraindre l'homme et le renger dans les barrières de cette police. Le misérable n'a garde d'enjamber par effect au delà ; il est entravé et engagé, il est assubjecty de pareille obligation que les autres créatures de son ordre et d'une condition fort moyenne, sans aucune prérogative, preexccllence, vraye et essentielle. Celle qu'il se donne par opinion et par fantasie n'a ny corps ny goust ; et s'il est ainsi que luy seul de tous les animaux ait cette liberté de l'imagination et ce dercsglement de pensées, luy représentant ce qui est, ce qui

I. Pourquoi? Parce qu'ils sont 1 Quel anini.il. se diaufùnt à c6té incapables de perfectionner en d'un feu pr6s de s'éteindre, a jaquoique ce soit leurs actes instinc- mais eu l'idée d»y ajouter un niortifs, et que, sortis de là, ils font ceau de bois ? preuve de h plus complète ineptie.

n'est pas et ce qu'il veut, le faux et le véritable, c'est un advaniage qui luy est bien cher vendu et dequoy il a bien peu à se glorifier, car de là naist la source princi-

fiale des maux qui le pressent : vices, maladies, irresoution trouble et desespoir.

Je dv donc, pour revenir à mon propos, qu'il n'y a point d'apparence d'estimer que les bestes tacent par inclination naturelle et forcée les mesmes opérations que nous faisons par nostre choix et industrie. Nous devons conclurre de pareils effects pareilles facultez, et confesser par conséquent que ce mesme discours, cette mesme voye, que nous tenons à ouvrer ', c'est aussi celle des animaux. Pourquoy imaginons nous en eux cette contrainte naturelle, nous qui n'en esprouvons aucun pareil efFect^? joinct qu'il est plus honorable d'estrc acheminé et obligé à regléement agir par naturelle et inévitable condition, et plus approchant de la Divinité, que de agir regléement par liberté téméraire et fortuite ; et plus seur de laisser à nature qu'à nous les resnes de nostre conduicte >. La vanité de nostre présomption faict que nous aymons mieux devoir à nos forces qu'à sa libéralité nostre suffisance; et enrichissons les autres animaux des biens naturels et les leur renonçons, pour nous honorer et ennoblir des biens acquis... Quant à la force, il n'est animal au monde en bute de tant d'offences que l'homme : il ne nous faut point une balaine, un éléphant et un crocodile, ny tels autres animaux, desquels un seul est capable de deffaire un grand nombre d'hommes; les pous sont suffisans pour

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