Disconis, dans le même sens que tout à l'heure
si courageuse ciue par fois le vaincu y demeure mort, l'aleine îuy faillant plustost que la voix. Les plus jeunes ruminent pensifs et prenent à imiter certains couplets de chanson : le disciple escoute la leçon de son précepteur et en rend compte avec grand soing; ils se taisent, l'un tantost, tantost l'autre; on oyt corriger les fautes,
et sent on aucunes reprehcnsions du précepteur '
...Un souffle de vent contraire, le croassement d'un vol de corbeaux, le faux pas d'un cheval, le passage fortuite d'un aigle, un songe, une voix, un signe, une brouée matiniere, suffisent à le renverser et porter par terre. Donnez Iuy seulement d'un ravon de soleil par le visage, le vovlà fondu et esvanouy ; qu'on Iuy esvante seulement un peu de poussière aux yeux, comme aux mouches à miel de nostre poëte , voylà toutes nos enseignes, nos légions, et le grand Pompeius mesmes, à leur teste, rompu et fracassé... Les âmes des empereurs et des savatiers sont jettées à mesme moule. Considérant l'importance des actions des princes et leur pois, nous nous persuadons qu'elles sovent produites par quelques causes aussi poisantes et importantes. Nous nous trompons : ils sont poussez et retirez en leurs mouvemens par les mesmes ressors que nous sommes aux nostres. La mesme raison qui nous fait tanser avec un voisin dresse entre les princes une guerre; la mesme raison qui nous taict foiter un laquais, tombant en un roy, Iuy fait ruiner une nation entière. Ils veulent aussi legierement que nous, mais ils peuvent plus : pareils appétits agitent un
ciron et un éléphant
-Mais, pour revenir à mon propos, nous avons pour nostre part l'inconstance, l'irrésolution, l'incertitude, le deuil, la superstition, lasolicitude des choses à venir,
I. Montaigne continue longtemps ce p.ir.-ilièlc entre les bétes et nous. C'est toujours l'homme qui lui p.ir.iit .ivoirle «.Icssous. Aux paradoxes et aux traits amusants se mêlent parfois des passages d'une
très haute éloquence : « Ce furieux monstre à tant de bras et à tant de testes, c'est tousjours l'homme foyble, calamiteux et misérable ; ce n'est qu'une formillicre esmeuc et cschaufce... »
voire après nostre vie, l'ambition, l'avarice, la jalousie, l'envie, les appétits desreglcz, forcenez et indomptables, la guerre, la mensonge, la desloyauté, la detraction et la curiosité. Certes, nous avons estrangement surpaie ce beau discours ■ dequoy nous nous glorifions, et cette capacité de juger et connoistre, si nous l'avons achetée au pris de ce nombre infiny des passions ausquelles nous sommes incessamment en butte
Au demeurant, de quel fruit pouvons nous estimer avoir esté à Varro et Aristote cette intelligence de tant de choses? Les a elle exemptez des incommoditez humaines? Ont-ils esté deschargez des accidents qui pressent un crocheteur ? Ont-ils tiré de la logique quelque consolation à la goûte? Pour avoir sceu comme cette humeur se loge aux jointures, l'en ont ils moins sentie ?
...La première loy que Dieu donna jamais à l'homme, ce fust une loy de pure obéissance; ce fust un commandement où l'homme n'eust rien à connoistre et à raisonner. Et au rebours, la première tentation qui vint à l'humaine nature de la part du diable, sa première poison s'insinua en nous par les promesses qu'il nous fit de science et de cognoissance : Eritis sicut dii, scieiites bonurn el mahtm^. La peste de l'homme, c'est l'opinion de science... Tant qu'il pensera avoir quelque moyen et quelque force de soy, jamais l'homme ne rccognoistra ce qu'il doit à son maislre; il fera tousjours de ses œufs poules, comme on dit : il le faut mettre du tout en chemise 3
La participation que nous avons à la connoissance de la vérité, quelle qu'elle soit, ce n'est pas par nos propres forces que nous l'avons acauise. Dieu nous a assez apris cela par les tcsmoins qu il a choisi du vul-