‹ Extraits de MontaigneChapitre 308 sur 353 · Ici c'est le bien auompli, Le mérite de bien faire · texte numérisé non relu

Ici c'est le bien auompli, Le mérite de bien faire

conscience. Une ame courageusement vitieuse se peut à Tadventure garnir de sécurité, mais de cette complaisance et satis-faction elle n'en peut fournir. Ce n'est pas un léger plaisir de se sentir preser\é de la contagion d'un siècle si gasté, et de dire en soy : « Q.ui me verroit jusques âans l'ame, encore ne me trouveroit-il coulpable, ny de l'afftiction et ruyne de personne, nv de vengcnce ou d'envie, ny d'offence publique des loix, ny de nouvelleté et de trouble, nv de faute à ma parole; et quoy que la licence du temps permit à chacun, si n'ay-je mis la main nv es biens ny en la bourse d'homme françois, et n'ay vescu que sur la mienne, non plus en guerre qu'en paix, ny ne me suis servv du travail de personne sans loyer. » Ces tesmoignages de la conscience plaisent; et nous est grand bénéfice que cette esjouyssance naturelle, et le seul payement qui jamais ne nous faut '.

De fonder la recompense des actions vertueuses sur l'approbation d'autruy, c'est prendre un trop incertain et trouble fondement. Nous autres principalement, qui vivons une vie ^ privée qui n'est en montre qu'à nous, devons avoir estably un patron au dedans, auquel toucher » nos actions, et, selon iceluy, nous caresser tantost, tantost nous chastier. J'ay mes loix et ma court + pour juger de moy, et m'y adresse plus qu'ailleurs. Je restrains bien selon autruy mes actions, mais je ne les estends que selon moy. Il n'y a que vous qui sçache > si vous estes lâche et cruel, ou loyal et devotieux ; les autres ne vous voyent poinct, ils vous devinent par conjectures incertaines, ils voyent non tant vostre naturel que vostre art. Par ainsi ne vous tenez pas à leur sentence, tenez vous à celle de vostre conscience.

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