‹ Extraits de MontaigneChapitre 321 sur 353 · Vie de Démosibenc, ch. I · texte numérisé non relu

Vie de Démosibenc, ch. I

« Je n'ay pas tant apprins ny tant entendu les choses par les paroles, comme, par quelque usage et cognoissance que j'avois des choses, je suis venu à entendre aulcunement les paroles. » {Version d'Amyot.)

5. C.-à-d. : les protws difficile', élevés, dans lesquels il s agit de chos:S graves.

Le maniement et emploite ' des beaux espris donna pris à la langue, non pas l'innovant tant comme le remplissant de plus vigoreux et divers services, l'estirant et ployant ; ils n'y aportent point des mots, mais ils enrichissent les leurs, appesantissent ^ et enfoncent leur signification et leur usage, luv aprenent des mouvements inaccoustumés, mais prudemment et ingénieusement. Et combien peu cela soit donné à tous, il se voit par tant d'escrivains françois de ce siècle. Ils sont assez hardis et dédaigneux pour ne su)'vre la route commune ; mais faute d'invention et de discrétion les pert. Il ne s'v voit qu'une misérable affectation d'estrangeté, des déguisements froids et absurdes qui, au lieu d'eslever, abbattent la matière. Pourveu qu ils se gorgiasent 3 en la nouvelleté, il ne leur chaut de l'efficace 4 : pour saisir un nouveau mot, ils quittent l'ordinaire, souvent plus fort et plus ner\'eux >.

En nostre langage je trouve assez d'estofte, mais un peu faute de façon : car il n'est rien qu'on ne fit du jargon de nos chasses et de nostre guerre, qui est un généreux terrein à emprunter ^ ; et les formes de parler,

1. Emploite, emploi, emplette, sont, en vérité, trois formes d'un sicnic mot.

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