CHAPITRE \-III
De Va ri de conjérer
Sommant : Diijression sur le génie et le caractère de T.icite. — L'œuvre de T.icite est plutôt un jugement qu'une narration d'histoire : comparaison avec Phitarque et Séncque. — Sa bonne foi. — Son jugement sur Pompée. — Le sens d'une lettre de Tibère. — Tacite s'excuse de parler de lui-même : c'est faute de cœur. — Hardi en ses témoignages, il raconte les communes créances sans les régler, et ainsi il est dans son rôle d'historien.
Je viens de courre d'un fil ^ l'histoire de Tacitus (ce •qui ne m'advient guère ; il y a vint ans que je ne mis €n livre une heure de suite) ; et l'ay faict à la suasion ' d'un gentilhomme que la France estime beaucoup, tant pour sa valeur propre que pour une constante forme de suffisance et bonté qui se voit en plusieurs frères qu'ils sont-». Je ne sçache point d'autheur qui mesle a un registre public 5 tant de considération des meurs et inclinations particulières. Il n'est pas en cela moins curieux et diligent que Plutarque, qui en a ûiict expresse profession. Cette forme d'histoire est de beaucoup la plus utile : les mouvemens publics dépendent plus de la conduicte de la fortune, les privez de la nostre. El si n'en a point oublié ce qu'il devoit à l'autre partie. C'est plustost un jugement que narration ■d'histoire; il y a plus de préceptes que de contes : ce n'est pas un livre à lire, c'est un livre à estudier et apprendre ; il est si plain de sentences qu'il y en a à tort et à droict * ; c"est une pépinière de discours éthiques et politiques pour la provision et ornement de ceux qui tiennent rang au maniement du monde. Il