Qu'il nous pinse. — C.-à-d
nous pique, nous critique.
}. C.-à-d. : il tient au bon parti.
t C.-à-d. : plus dissimulé.
>. Entendre que T.icite a le ton d'accorder au soupçon le mime poids, la même force de tèmoigmige, qu'à rèvidence.
6. Montaigne veut dire que, dans ses jun;ements, Tacite va souvent au delà de la conclusion qu'autorise le fait particulier qu'il étudie.
3)0 ESSAIS DE MONTAIGKE
il n'a daigné incliner d'un seul air. Il n'a pas besoind'excuse d'avoir approuvé la religion de son temp^ selon les loix qui luy commandoient, et ignoré la vraye. Cela, c'est son malheur, non pas son défaut.
J'ay principalement considéré son jugement et n'en suis pas bien esclarcy par tout. Comme ces mots de la lettre que Tibère vieil et malade envoyoit au Sénat : « Que vous escriray-je, Messieurs, ou comment vous escriray-je, ou que ne vous escriray-je poinct, en ce temps? Les dieux et les déesses me perdent pirement que je ne me sens tous les jours périr, si je le sçay ! » je n'apporçois pas pourquoy il les applique si certainement à un poignant remors qui tourmente la conscience de Tibère '; aumoins lors que j'estois à mcsme ^, je ne le vis point.
Cela m'a semblé aussi un peu lâche, qu'ayant eu à dire qu'il avoit exercé certain honorable magistrat 5 à Romme, il s'aille excusant que ce n'est point par ostentation qu'il l'a dit. Ce traict me semble bas de poil * pour une ame de sa sorte : car le n'oser parler rondement de soy a quelque faute de cœur : un jugement roide et hautain, et qui juge de soy sainement et seurement, il use à toutes mains des propres exemples ainsi que de chose estrangere, et tesmoigne franchement de soy comme de chose tierce. Il faut passer par-dessus ces règles populaires de la civilité en faveur de la vérité et de la liberté 5.
Si ses escris rapportent aucune chose de ses conditions, c'estoit un grand personnage, droicturier et courageux, non d'une vertu superstitieuse, mais philoso-
1. Suétone, sur le sens de cette îttre, a jugé comme juge Mont.ii-
^ne. (Tiber., LXVII.)