‹ Extraits de MontaigneChapitre 343 sur 353 · I. .-/m bout de son cjU-piit. — Cf · texte numérisé non relu

I. .-/m bout de son cjU-piit. — Cf

la locution « au bout de son rouleau ». L'expression est assez claire par son pittoresque même. Nous retrouvons ici, exprimée avec quelque fantaisiste exagération, l'idée de Montaigne sur la vanité des opinions, ou même du savoir humain, toujours court par quelque endroit. Ces réflexions sont moins d'un sceptique niant avec sérieux les droits de la raison .

que d'un moqueur qui se plaît i montrer combien la science des hommes n'est souvent qu'une duperie par les mots. — Voir dans VApolcgie di Raymond de Sebondc quel est le fond de sa pensée.

2. Dans Tédition de 1595, Montaigne a ajouté un passage curieux et qui surtout offre cet intérêt de

terminer par le mot si souvent

si peu exactement cité : " Oh !

qiie c'est un doux et mol chevfit... » Voici ce passage dont il faut suivre toute l'idée pour bien comprendre le mot de la fin :

« En cette université, je me lajsse ignoramment et négligemment manier à la loy générale du îrionJe : je la sçauray assez, quand je 11 sentiray; ma science ne luy pcull faire changer de route : elle ne se diversifiera pas pour moy ; c'est folie de l'espercr, et plus

grand'folie de s'en mettre en peine, puisqu'elle est nécessairement s^m.blable. publicque, et commune. La bonté et capacité du Gouverneur nous doibt, à pur et à plein, descharger du soing de gouvernement ; les inquisitions et contemplations philosophiques ne servent que d'aliment à nostre curiosité.

Les philosophes, avecques grand' raison, nous renvoyent aux règles de nature ; mais elles n'ont que faire de si sublime cognoissance :

ils les falsifient, et nous présentent son visage peinct, trop hault en couleur et trop sophistiqué ; d'où naissent tant ae divers pourtraicts d'un subject si uniforme. Comma elle nous a fourny de pieds, à marcher; aussi a elle de prudence, à nous guider en la vie : prudence non tant ingénieuse, robuste et pompeuse, comme celle de leur invention ; mais, à l'advenant, facile, quiète et salutaire, et qui faict tresbien ce que l'aultre dict, en celuy qui a l'heur de sçavoir l'employer naifvement et ordonneement, c'est-.i-dire. naturellement. Le plus simplement se commettre à nature, c'est s'y commettre le plus sagement. Ob ! que c'est un doidx et mol cheitt, et sain, que l'ignorance et l'incuriosité, à reposer une teste bienfaictel »

368 ESSAIS DE MOMTAIGXE

J'aynicrois mieux m'entendre bien en niov qi/en Platon. De l'expérience qne j'ay de mov, je trouve assez dequoy me faire sage, si j'cstoy bon escholier. Qui remet en sa mémoire l'excez de sa cholcre passée, et jusques où cette lièvre l'emporta, voit la laideur de cette passion mieux que dans Aristote, et en conçoit une haine plus juste. Qui se souvient des maux qu'il a couru, de ceux qui l'ont menasse, des légères occasions qui l'ont remué d'un estât à autre, se prépare par là aux mutations futures et à la recognoissance de sa condition. La vie de Cassar n'a poinct plus d'exemple que la nostre pour nous : et emperiere ', et populaire, c'est tousjours une vie. que tous accidents liumains regardent. Escoutons y seulenient ; nous nous dis )ns ^ tout ce dequoy nous avons principalement besoing. Qui se souvient de s'estre tant et tant de fois mesconté de son propre jugement est-il pas un sot de n'en entrer pour jamais en deflîance ? Quand je me trouve convaincu par la raison d'autruy d'une opinion fauce, je n'apprens pas tant ce qu'il m a dict de nouveau, et cette ignorance particulière ce seroit peu d'acquest, comme en gênerai j'apprens ma débilité et la trahison de mon entendement, a'où je tire la reformation de toute la masse. En toutes mes autres erreurs je fais de mesmc, et sens de cette reio;le grande utilité à la vie. Je ne regarde pas l'espèce et l'individu comme une pierre où j'aye bronché ; j'apprens à craindre mon alleure par tout et m'attens à la reigler. Les faux pas que ma mémoire m'a fait si souvant, lors mesme qu'elle s'asseure le plus de soy, ne se sont pas inutilement perduz : elle a beau me jurer à cette heure et m'asseurer, je secoue les oreilles; la première opposition qu'on faict à son tesmoignage me met en suspens, et n'oserois me fier d'elle en chose d'importance, ny la garentir sur le faict d'autruy ; et n'estoit que je ne voy que mentir, et que ce que je fay par faute de mémoire,

I . lit emperiere, et poftulaire. — C.-i-d. : et vie d'empereur, et vie d'homme du peuple.

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