Ce aue : ce fait que
4. Il faut entendre : Ovi^ tfs régenter, les dogmatiques arrogants et querelleurs .
5. C.-.i-d. : avec le tcn et dans la forme absolue, autoritaire.
370 ESSAIS DE MOXTAIGNE
Quoy que j'aye esté dressé autant qu'on a peu à la liberté et à TindifFerence, si est-ce que par nonchalance m'estant, en vieilli: -ant, plus arresté sur certaines formes (mon aage est hors d'institution et n'a meshuy dequoy regarder ailleurs que à se maintenir), la coustume a desja, sans y penser, imprimé si bien en moy son caractère en certaines choses, que j'appelle excez de m'en despar ir : et, sans m'essaier, ne puis ny dormir sur jour ', ny faire collation entre les repas, ny desjeuner, ny m'aller coucher sans grand intervalle après le soupper,... ny porter ma sueur, ny m'abreuvcr d'eau pure ou de vin pur, ny me tenir nud teste long temps, ny me faire tondre après disner ; et me passerois autant malaiséemcnt de mes gans que de ma chemise, et de me laver à l'issue de table et à mon lever, et de ciel et rideaux à mon lict, comme de choses bien nécessaires. Je disnerois sans nape ; mais à l'alcmande, sans serviette blanche, trés-incommodéement ; je les barbouille plus qu'eux * et les Italiens ne font, et m'ayde peu de cuilier et de fourchete. Je plains qu'on n'aye suyvy un train que j'ay veu commencer à l'exemple des roys : qu'on nous changeast de serviette selon les services, comme d'assiette. Nous tenons ? de ce laborieux soldat Marins que, vieillissant, il devint si délicat en son boire qu'il ne le pouvoit prendre que dans une sienne couppe particulière. Les tasses me desplaisent et l'argent au pris du verre, et d'estre servy à boire d'une main inaccoustumée et estrangei-e et en verre commun ; et me laisse aller au choix de certaine forme de verres. Je dois plusieurs telles mollesses à l'usage. Nature m'a aussi, d'autre part, apporté les siennes : comme de ne soustenir plus deux plains repas en un jour sans surcharger mon estomac, ny l'abstinence pure de l'un des repas
1. Sur jour. — C.-à-d. : pen- 1 j. D.ins Plutarque, Comwnit il dont U jour. \fault refrcner la colère, ch. XIII de
2. Eux. — C-à-d. : Us Aile- la version d'Amyot. minds, dont l'idée est impliquée
dans (i T aUmaïuU . I
sans me remplir de vents, assécher ma bouche, estonner mon appétit ' ; de m'otienscr d'un long serain, car, depuis quelques années, aux courvées de la guerre ^, quand toute la nuict y court, comme il advient communément, après cinq ou six heures l'estomac me commence à troubler avec véhémente douleur de teste, et n'arrive poinct au jour sans vomir. Comme les autres s'en vont dcsjeuncr, je m'en vay dormir, et, au partir de là, aussi gay qu'au paravant î
Il n'est occupation plaisante comme la militaire 4 : occupation et noble en exécution, car la plus forte, «généreuse et superbe de toutes les vertus est la vaillance; et noble en sa cause : il n'est point d'utilité, ny plus juste, nv plus universelle que la protection du repos et grandeur de son pays. La compaignie de tant d'hommes vous plaist, nooles. jeunes, actifs; la veue ordinaire de tant de spectacles tragiques ; la liberté de cette conversation sans art, et une façon de vie masle et sans cérémonie; la variété de mille actions diverses; cette courageuse harmonie de la musique guerrière qui vous entretient et eschauffe et les oreilles et l'ame ;