‹ Extraits de MontaigneChapitre 350 sur 353 · Les plus naturels. — C.-à-d · texte numérisé non relu

Les plus naturels. — C.-à-d

les études qui se rapportent le plus aUx besoins de notre nature, — Estudes est employé au masculin.

Voir page 44, note 2.

transformer en anges, ils se transforment en bestcs ' ; au lieu de se hausser, ils s'abattent. Ht des humaines sciences, celles-là me semblent plus terrestres qui sont le plus haut montées; et je ne trouve rien si bas et si mortel en la vie d'Alexandre que ses flintasies autour de sa déification. Philotas le mordit plaisamment par sa responce. Il s'estoit conjouy avec luv, par lettre, de l'oracle de Juppiter Hammon, qui l'avoit logé entre les Dieux : «t Pour ta considération, j'en suis bien aise; mais il V a de quoy plaindre les hommes qui auront à vivre avec un homme et luv obevr. lequel excède la mesure d'un homme. » La gentille inscription, dequoy les Athéniens honoreront la venue de Pompeius en leur ville, se conforme à mon sens :

D'autant es tu Dieu, comme Tu te recognois homme.

C'est une absolue perfection, et comme divine, de sçavoir jouyr loiallement de son estre. Nous cherchons d'autres conditions pour n'entendre* l'usage des nostres, et sortons hors de nous pour ne sçavoir quel il y fait. Les plus belles vies sont, à mon gré, celles qui se rangent au modelle commun, sans merveille, sans extravagance. Or la veillesse a un peu besoin d'estre traictée plus doucement et plus délicatement. Recommandons

I. Cf. Pascal, Pensées, éd. Havet. Art. I. 7 : « Il est J.ingcrcux de trop faire voir à l'homme combien il est é^n] aux bëtcs, sans lui montrer s.i pr.mJcur. 11 est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l'un et l'autre. .Mais il est trcs .ivjtît.i^cux de lui représenter l'un tt l'.iutre. • Et. à la suite de cette pensée, on trouve celte variante dans le manuscrit : • Il

ne faut pas que l'homme croie qu'il est égal aux bctes ni aux anges, ni qu'il ignore l'un et l'autre, mais qu'il sache l'un et l'autre. ■ Enfin on connaît le mot célèbre (Art. VII, 1 0 • • L'homme n'est ni ange ni hèle, et le mallfeiir veut que qui l'eut faire t ange fait la hèle. ■ 2. C.-i-d. : parci- que ni->us n'entendons pas. D.tns la nu-me phrase, pour ne s(tnvir signilic piirtf que nous ne saivns pas.

la à ce Dieu protecteur de santé et de sagesse, mais gaye et sociale :

Frui parât is et valida niibi, LatiV, chvivs, et, precor, intégra

Cuiii mente, ncc tiirpem senectam Degerc, ncc cithara carentem^.

I. « Fais, je le le demande, fils de Latone, que je sache jouir de ce que je possède, le corps sain, l'esprit libre et entier, sans connaître les misères de la vieillesse, sans qu'à mes derniers jours manque la lyre. j> (Horace, Ôdcs, I, xxxi, 17. — Traduction Patin.) — C'est sur cette impression de sereine philosophie que se termine le livre. Recourir à une strophe d'Horace pour recommander sa vieillesse à Dieu, tel devait être le dernier mot de Montaigne, ce chrétien tout imprégné de l'antiquité païenne, ce sage à la fois croy.tnt et sceptique, de tous les hommes qui furent jamais le plus « ondoyant et divers ». — Pascal l'apprécie sévèrement : « Son livre

n'étant pas fait pour porter à la piété, il n'y était p.is obligé :

mais on est toujours obligé de n'en point détourner. On peut excuser ses sentiments un peu libres et voluptueux en quelques rencontres de la vie ; mais on ne peut excuser ses sentiments tout païens sur la mort ; car il faut renoncer à toute piété, si on ne veut au moins mourir chrétiennement :

or, il ne pense qu'à mourir lâchement et mollement par tout son li\Te » (Pascal, Pensées, Art. XXIV, 24, édil. Hdvet). Il faut pourtant se souvenir qu'il a raconté en vrai chrétien les derniers moments de La Boétie, et qu'il est mort luimême avec les sentiments d'une vraie piété.

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Introduction i

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