Ovide, Mêlivn., III
Xul homme ne peut se croire heureux avant son dernier jour, — C'est la grave et triste pensée qui termine l'Œdipe roi :
Peut-on j.imais prévoiries derniers coups
[du sort?
Ne proclamons heureux nul homme
[avant sa mort.
{Œiipt roi, traduction Lacroix).
}. Au 1" livre d'Hérodote.
4. Ici que est intcrrog.itif et mis pour quoi. Pendant longtemps la vieille langue a hésité entre la
forme atone que et la forme tonique quoi. La distinction ne fut jamais bien rigoureuse. On disait :
Quoi ferei (vous) ? tout comme :
Que Jerei (vous) ? Et encore aujourd'iiui Quoi faire} et Que faire} sont également usités.
5. Des mots comme fortune, i;ature, dont l'emploi était fréquent dans l'allégorie du moyen .ige, se passent d'article. — La Fontaine dit, autant par amour de l'ancien usage, que parce qu'il personnifie la nature :
Un vivier que Nature y creusa de ses- [n.wins (La Font., Uv. X* 4J.
64 ESSAIS DE MOKTAIGVE
choses humaines, qui d'un bien loger mouvement so changent d'un estât en autre ■ tout divers. Et pourtant Agesilaus, à quelqu'un qui disoit heureux le roy de Perse de ce qu'il estoit venu fort jeune à un si puissant estât : « \'oire mais^, dit-il, Priam en tel aage ne fut pas malheureux. » Tantost des ro3's de Macédoine', successeurs de ce grand Alexandre, il s'en faict4 des menuisiers et greffiers à Rome; des tyrans 5 de Sicile, des pédantes-^ à Corinthe ; d'un conquérant de la moi-
1. Autre. — Omission de l'article indétini, comme celle de le, la, les derant autre, tout.
2. Voire mais. — Même signification que voir ou voire seul (du latin veruni), c.-à-d. vraiment. La signification primitive de voir ou voire fut : vrai; par exemple dans Joinville. Plus tard le terme fut pris comme un neutre adverbial, et ainsi usité pendant tout le xvi° siècle. Puis il vieillit et ne parut plus qu'avec le sens de même, surtout dans la locution voire même.
Cf. voircment (vcrum-mcnt), dont on a fait vraiment. — Ici pourtant il vaudrait mieux séparer les deux mots et entendre : ivirc; mais..., c.-à-d. ouy; mais... C'est le texte de l'édition de 159S, suivi par J.-V. Le Clerc. Le sens de la phrase, d'ailleurs tirée de Plutarque {Apopbtbegmes (Us Lacédèmoniens), serait donc : « Oui, mais Priam, à pareil âge ne connaissait pas encore le malheur, qu'il connut plus tard. »
3. La .Macédoine fut soumise à la domination romaine quand les légions de Paul-Iimile eurent écrasé à Pydna (168) Persée et son armée; elle fut déclarée province romaine six ans après la révolte de l'aventurier Andiscos. si vite réduite par Cécilius Metellus (148).
— Après la bataille de Pydna, Per-
sée s'était réfugié dans l'ile de Samothrace. Un traitre ayant livré sa famille aux Romains, il finit par se rendre et orna le triomphe du vainqueur. Il se laissa mourir de faim dans sa prison. Un de ses fils, Philippe, trainé .i Rome comme prisonnier de guerre, y devint, en effet, greffier.
4. Il s'en fait. — La forme réfléchie, dans l'ancienne langue, est souvent substituée à la forme passive ou à la forme active avec on.
Le cas est surtout fréquent pour l'impersonnel. « Il se sentait que... » (£•«., liv. I, ch. XLVI.) - Quelquefois sans le pronom neutre il :
« Et se pourrait mettre en double que... » {Ess., liv. II, ch.II.) —On écrit encore : // se trouva un homme qui, et autres locutions semblables.
5. Denys le Jeune, tyran de Syracuse, ayant été renversé du trône et chassé par le Corinthien Timoléon, fut obligé, pour vivre, de se faire maitre d'école a Coriîithe.
6. Pédantes. — Mot italien employé dans sa forme d'origine pédante. La langue moderne en a fait pédant, et le prend dans une autre acception. Primitivement :
gouverneur d'enfants, celui qui enseigne les enfants. La l'ontaine l'emploie encore dans ce sens. On diraf à présent pédagogue.
lié du monde et empereur ' de tant d'armées, il s'en faict un misérable suppliant des belitres officiers d'un rov d'Egypte : tant cousta à ce grand Pompcius l'alongement de cinq ou six mois de vie. Et, du temps de nos pères, ce Ludovic Sforce-, dixiesme duc de Milan, soubs qui avoit si long temps branslé toute l'Italie, on l'a veu mourir prisonnier à Loches, mais après y avoir vescu dix ans, qui 5 est le pis de son marché. Et mille tels exemples 4 : car il semnle que, comme les orages et tempestes se piquent contre l'orgueil et hautaineté > de nos basiiments, il y ait aussi là haut des esprits envieux des grandeurs de ça bas.
1 . Sens de impcrator : général en cbcf d'armée. Déjà pourtant les autres écrivains du xvi-" siècle donnent à ce mot la signification moderne d'empereur. 'Montaigne est seul .i lui garder son sens étj'mologique.
2. Ludovic Sforza, dit U More, d'.ibord dépossédé du duché de Milan, le reprit ensuite sur l'impopulaire Trivulzio. Les Français r.vant fait une seconde descente en '•.ilie, ses Suisses l'abandonnèrent
N'ovare. II voulut s'échapper sous Ti déguisement; mais un des soldats le livra. Emmené captif, à Loches, il fut enfermé, jwr l'ordre de Louis XII, dans une cage de fer (l>oo), et V m.urut après dix ans de captivité, qui furent, remarque Montaigne, le pis de son affaire.
}. Qui. — Ce qui. Nous avons . icore l'expression qui pis est. Cf.
i plus est.