‹ Extraits de MontaigneChapitre 55 sur 353 · Entre autres exemples Mon · texte numérisé non relu

Entre autres exemples Mon

;i;ne cita plus tard Marie Stuart.

La plus belle royne, veufve du j'ius grand roy de la chrestienté, vient elle pas de mourir par la main d'un bourreau? indigne et barbare cruauté I * — Le passage n'est pas

encore dans l'édition de TjSS- L'infortunée reine d'Ecosse mourut en 1587. C'est donc entre cette date et celle de la mort de Montaigne, 1592, que ces lignes furent ajoutées. — Après avoir été, pendant ig ans, tr.iinée de prison en prison, Marie Stuart fut poursuivie devant une haute cour, sous l'inculpation de participation à des complots catholiques, et condamnée à mon.

L'exécution eut lieu ;iu château de Fotheringay (1587). Montaigne écrit donc, encore sous le coup des événements, et il peut s'écrier, trouvant cette fois quelque émotion : « Indigne et barbare cruauté ! » Il partageait, du reste, l'admiration et la sympathie qu'avaient inspirées aux lettrés du xvi« siècle (Ronsard, Montchresticn, Brantome) la beauté, l'esprit, les malheurs de celle qui fut un instant reine de France. — La plus belle page de Brantôme est peut-être le touchant récii de la mort de Marie Stuart.

^ . Hautaiiuté. — De hautain.

Mot heureux dont il faut regretter la perte, et qui a été fort mal remplacé par hauteur.

ESSAIS DE MONTAIGKi;

Usquc adco irs humamu vis ahdita quadam Ohterit, et pulchroi faices Stevasqiie sccures Proatlcare ac hidihrio sibi haherc vidctur '.

Et semble que la fortune quelquefois guette à poin": nommé le dernier jour de nostre vie, pour monstrer sa puissance de renverser en un moment ce qu'elle avoit basty en longues années, et nous fait crier après Laberius : Niminiui hac die iina plus vixi niihi qiiam vivenduin fuit \

Ainsi.se peut prendre avec raison ce bon advis de Solon. Mais d'autant que c'est un philosophe, à l'endroit desquels les laveurs et disgrâces de la fortune ne tiennent rang ny d'heur 3 ny de mal'heur, et sont les grandeurs, richesses et puissances, accidens de qualité à peu prés indifférente, je trouve vray-semblable qu'il aye regardé plus avant, et voulu dire que ce niesme bon-heur de nostre vie, qui dépend de la tranquillité et contentement d'un esprit bien né et de la resolution et asseurance d'un'ame réglée, ne se doive 4 jamais attribuer à l'homme, qu'on ne luy aye veu jouer le dernier acte de sa comédie, et sans doute le plus diflicile. En tout le reste il y peut avoir du masque : ou ces beaux discours de la philosophie ne sont en nous que par contenance, ou les accidens, ne nous essayant pas jusques au vif, nous donnent loysir 5 de maintenir tousjours nostre visage rassis. Mais à ce dernier rollc ^ de

I. LucrècL", V, 125 1. — « Tant il est vrai qu'unt puissance mystérieuse écrase toutes les forces humaines et semble se plaire à humilier les faisceaux et les haches impitoyables, comme un objet de dérision ! » (Trad. Crouslé.) ■ 2. Macrobe, Saturnales, II, 7.

— t Ah ! j'ai vécu trop d'un jour. »

}. Pour le sens du mot heur, voir page 49, note 4.

4. Après les verbes qui signifient 'iire ou croire, l'emploi du subjonc-

tif est fréquent pour tous les cas où nous mettrions l'indicatif. « Elle ne sent point quelle soit aveugle. »

(£«., liv. II, ch. XVIII.)

5. Suppression de l'article. Nous disons de même : donner occasion, donner prise, donner ordre, donner audience, etc., etc.

6. Rolle. — A rapprocher de C'> médie qui précède. C.-.i-d. à celte dernière scène jouée entre la mort f* nous.

la mort et de nous il n'y a plus ' que faindre, il taut parler françois, il faut monstrer ce qu'il y a de bon et de net dans le fond du pot ^.

Nam vera voces tiim demum pectore ab imo Ejiciuntur, et eripitur persoiia, manet res 5.

Voylà pourquoy se doivent à ce dernier traict toucher et esprouver toutes les autres actions de nostrc vie. C'est le maistre jour, c'est le jour juge de tous les autres : c'est le jour, dict un ancien, qui doit juger de toutes mes années passées. Je remets à la mort l'essay du fruict de mes estudes. Nous verrons là si mes discours me partent de la bouche ou du cœur ■♦. J'ay veu plusieurs donner par leur mort réputation en bien ou en mal à toute leur vie. Scipion, beau père de Pompeius, rabilla > en bien mourant la mauvaise opinion qu'on avoit eu ^ de luv jusques lors. Epaminondas, interrogé lequel des

1. // ny a plus que faindre veut dire ici : il n'y a plus à feindre, il n'y a plus moyen de feindre. Expression toute latine : « uihil haheo qiicd dejendam. » (Cic, Pro Milone.)

2. .Montaigne aimait le « bon parler populaire », et on voit ici comment, pour tr.iduire pourtant une idée grave et sévère, il va au mot expressif plus qu"au terme noble. Il faut se rappeler ce p.issage lorsqu'on lit son récit de la mort de La Boétie. Les sentiments qu'il manifeste en cette circonstance montrent évi deniment ce qu'il a • dans le fond du pot ». Or, il s'y montre parfaitement convaincu des vérités religieuses.

3. Lucrèce, IIL 57. — « Alors seulement la vérité s'échappe de ses entrailles : le masque tombe, riiomme reste. » (Trad. Crouslé.)

4. Montaigne ne peut que gagner à être pris au mot et à être jugé d'après le « maistre jour a.

Sa mort fut celle d'un croyant et presque d'un fervent. Nous avons à ce sujet le témoignage d'Et. Pasquier (Lettres, liv. XVIIL i).

« Comme il sentit sa fin approcher, il pria par un petit bulletin sa tenime de semondre quelques gentilshommes, siens voisins, afin de prendre congé d'eux. Arrivés qu'ils turent, il fit dire la messe en sa chambre, et comme le prestre estait sur l'élévation du Corpus Domini, ce pauvre gentilhomme s'eslance au moins mal qu'il peut, comme à corps perdu, sur son lict, les mains joinctes; et en ce dernier acte rendit son esprit à Dieu : qui fut un beau miroir de l'intérieur de son dme. »

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