CHAPITRE XX
(Chapitre XIX dans l'cdition de 1595.)
Que philosopher, c'est apprendre à mourir.
Sonimiire : Philosopher n'est autre chose que s'apprêter i mourir. — Le mépris de la mort est un des principaux bienfaits de la vertu. — Age de Montaigne. — Il faut prévoir la mort, y accoutumer sa pensée : la préméditation de la mort est préméditation de la liberté d'esprit.
Cicero dit que philosopher, ce n'est autre chose que s'aprester à la mort ■ . C'est d'autant que - l'estude et la contemplation retirent aucunement 5 nostre ame hors de nous, et l'embesongnent -i à part du corps, qui est > quelque aprentissage et ressemblance de la mort ; ou bien c'est que toute la sagesse et discours ^ du monde se resoult en fin ' à ce point de nous apprendre à ne
tifs dont ie genre a chanoé. — Voir page 44, note 2. — Et c'est une des principales études de ma lie que le haut (la tin) se porte bien, c'est-à- •■re sans trouble et avec assurance.
1. « Tola pliilosophorum vita commentatio mortis est. » {Thschlaiies, liv. I, ch. XXXI.) — Ci^éron ne fait lui même que traduire une phrase du Phédon.
2. D'autant que signifie : Ai riiison en est que. ni que ; et tous les écrivains du xvii* siècle l'emploient dans ce sens. * D'autant qu'il m'a semblé inutile de... » (Bossuet.) Cf. page )}, note 6.
5 Aucunement. — Quelque peu.
— Ce sens a été expliqué (page 49, rote I).
4. Embesongncnt . — Etym. : en ■ <c>gne. — Occuper beaucoup, préoccuper, embarrasser. Terme très expressif et dont Froissart, Villon,
tous les auteurs du xvi" siècle, se servent avec bonheur. 11 est de ceux dont Féneion pouvait regretter la disparition. (Lettre à l'Académie. )
5. Qui est pour ce qui. — Voir p;ige 6>, note 5. — Le sens est que la réflexion habitue l'àme à agir, en quelque sorte, en dehors et sans le secours du corps.
6. Discours a ici sa signification première de « raisonnement », discursus.
7. Enfin et ajin sont de très reconnaissables composés de en et fin, de à el fin ; et nous disons encore : enfin de compte ; à seule fin de lui parler. — Rapprocher en fin et li la/m :
c'est le même mot, l'un avec la préposition eu et sans article, par conséquentd'uns.-ns plus général ; l'autre avec la préposition à et Tati^ie, c.-à-d. d'un sens xi!i:>» Jet. •.-mine.
craindre à mourir. De vray, ou la raisoji se mocque, ou elle ne doit viser qu'à nostre contentement, et tout son travail ten-dre en somme à nous faire bien vivre et î nostre aise, comme dict la saincte parolle '. Toutes les opinions du monde en sont là, quoy qu'elles - en prennent divers moyens, autrement on les chasseroit d'arrivée > : car qui escouteroit celuy qui pour sa fin establiroit nostre tourment ?
j Or il est hors de moven d'arriver à ce point d'^ nous ^j former un solide contentement, qui 4 ne franchira la crainte de la mort. \'^ovlà pourquoy toutes les sectes des philosophes se rencontrent et conviennent à cest article de nous instruire à la mespriser. Et bien qu'elles nous conduisent aussi toutes d'un commun accord à mespriser la douleur, la pauvreté et autres accidents à quoy > la vie humaine est subjecte, ce n'est pas d'un pareil soing : tant par ce que ces accidents ne sont pas de telle nécessité, la pluspart ^ des honimes passent leur vie sans gouster de la pauvreté, et tels encore sans sentiment de douleur et de maladie, comme Xenophilus le Musicien ", qui vescut cent et six ans d'une entière janté ; qu'aussi d'autant ^ qu'au pis aller la mort peut mettre fin quand il nous plaira, et coupper broche 9 à
1. « Coinnic Jit hi Sainte Ecriture. ». — « Ht cogiiovi quod non ••sset melius, nisi la.t.iri et foccrc bcne in vita sua. » {Eccles., ch. III,
2. Quoy que. — Li conjonction quoique a été formée de la locution quoy que (quoi qu'il fusse). La manière d'écrire quoy que est donc étymolopique.
j. D'arrivée. — Tout d'abord.
4. ^//i pour celui qui. — « Celui qui ne franchira... est hors de moyen... »
5. .4 '-jnoy. — Q"(J est souvent mis pour lequel, laquelle; à quov
Eour auquel, à laquelle. Et, d une içon générale, qucy est employé à
la place des divers relatifs, même après des antécédents désignant des personnes. « Ce Labienus de quov je parle. » (Ess., livre II, ch. VIII.) — Voir pap;e 51, note 4.