Mes-huy signifie : désormais
Etvm. : magis hodie.
3. C'est la fameuse scène des aveux dans Corneille. Voir Cinna, acte V, scène i. — « Toute cette scène est de Sénèque le philosophe.
Par quel prodige de l'art Corneille a-t-il surpassé Sénèque ? Comme, dans les Hoiaces, il a été plus nerveux que Tite-Live. C'est là le privilège de la belle poésie. » (Voltaire.)
4. Je te donray, pour je te donnerai. — Donray, doiiroys, sont des contractions de donneray, donueroys.
Les verbes dont le thème se termine par II ont une tendance à supprimer l'i- muet que précède le n fmal.
Donner-ai, — donr-ai ; Méner-ai, — menr-ai.
Quelquefois même, dans l'ancien français, ce n final s'assimile au r.
D'où je dorrai, je merrai. — La même contraction se produisait au futur des verbes pleurer et laisser, bien que leur ridical ne fût pas terminé par n.
Pleurerai, )lorrai ;
Laisserai, - lairrai.
Voir Ferdinand Brunot, Grammaire historique de la langue française, n' 595. — Les formes donray, donrays, ont persisté jusqu'au xvn' siècle. « Mais de ce côté-là je leur donrais quittance. » (Régnier, Sat.
XII.) Il nous reste encore de ces formes le futur du verbe envoyer :
i'enverrai.
5. Si accommodé et si aisé. — C.-à-d. si riche et si à l'aise. — Pris absolument, accommodé signifiait, en effet, pounu de tous les avantages de la fortune, riche. Molière l'emploie dans ce sens. « Le seigneur Anselme est un gentilhomme qui est noble, doux, posé, sage et fort accommodé. ■ (L'Avare.) — * Un
94 ESSAIS DE MOXTAIGKE
la condition du vaincu. L'office du sacerdoce que tu me demandas, je te l'ottroiay, l'ayant refusé à d'a'i^rcsj desquels les pères avoyent tousjours combatu avec moy. T'ayant si fort obligé, tu as entrepris de me tuer ■. » A quoy Cinna s'estant escrié qu'il estoit bien esloigné d'une si meschante pensée : « Tu ne me tiens pas, Cinna, ce que tu m'avois promis, suyvit Auguste; tu m'avois asseuré que je ne serois pas interrompu. Ouy, tu as entrepris de me tuer, en tel lieu, tel jour, en telle compagnie et de telle façon. » Et, le voyant transi de ces nouvelles, et en silence, non plus pour tenir le marché de se taire, mais de la presse ^ de sa conscience : « Pourquoy, adjouta il, le fais tu? Est-ce pour estre empereur? A'rayment il va bien mal à la chose publique, s il n'y a que moy qui t'empesche d'arriver à l'empire. Tu ne peus pas seulement defïendre ta maison, et perdis dernièrement un procez par la faveur d'un simple libertin '. Quoy! n'as tu moyen ny pouvoir en autre chose que à entreprendre Cx'sar -i ? Je le 5 quitte, s'il n'y a que moy qui empesche tes espérances. Penses tu que Paulus, que Fabius, que les Cosses et Ser\'iliens te souffrent ? et une .si grande trouppe de nobles, non seulement nobles de nom, mais qui par leur vertu
cadet fort peu accommodé. » (S.iint- Simon.) — Quant à aisé, il a ici la signification de à son aise, dans raisance. — Le texte de Sénèque est : u Tarn felix es et tam dives, ut victo victores invideant. »
1. On peut remarquer ici la vivacité du tour, moins expressif pourtant que le vers de Corneille :
Cinna, tu l'en souviens et veux m'assas- [siner.
2. De la presse, c-à-d. de l'embarras, de i inquiétude, du poids accahlant de sa conscience. — « Mon caur est soulagé d'une presse. » (Sévignê.)