‹ Extraits de ses lettresChapitre 116 sur 146 · SCENE CINQUIEME · texte numérisé non relu

SCENE CINQUIEME

M. DE NEMOURS

Il court des bruits sur vous, monsieur, dont je voudrais bien m'éclaircir par moi-même; vous savez que c'est par l'intérêt que j'y prends.

M. DE CABAGNAC.

Je connais votre amitié pour moi, et vous pouvez me questionner sans que je vous accuse d'indiscrétion.

M. DE NEMOURS

Est-il vrai que le mariage dont on parlait pour vous est rompu ?

M. DE CABAGNAC.

Non pas encore tout à fait ; mais il s'y trouve de grandes difficultés.

M. DE NEMOURS

Si grandes qu'on m'a assuré que celle que vous aviez fait demander se marie au premier jour. Mais est-il vrai aussi que vous n'auriez point la charge que vous comptiez avoir, et qu'un autre a couru sur votre marché?

M. DE CABAGNAC.

On m'a manqué de parole.

M. DE NEMOURS

On prétend que votre argent n'était pas prêt.

M. DE CABAGNAC.

Tout cela ne m'afflige pas tant que d'avoir mal pris mes mesures pour l'achat d'une terre, dont j'avais envie. Je l'ai achetée bien cher, j'y ai fait bâtir, et je la perds par un retrait lignager^.

1. « Retrait lignager se dit quand un Uynager relire des mains d'un tiers acquéreur ou d'un adjudicataire par décret un ancien propre de sa famille vendu par son parent. » ( Dict. de Trévoux.) Un lignager était une personne de la mêmes parenté, du même lignage. Le retrait lignager avait été introduit dans la plupart des coutumes de France pour conserver ies héritages dans les familles nobles.

M. DE NEMODRS.

Vous m'affligez sensiblement par tous ces contretemps.

M. DE CABACNAC.

Ils me mettent hors d'état de continuer le service, et je ne sais en effet ce que je deviendrai; j'abandonne tout; mes créanciers en sortiront comme ils pourront.

M. DE NEMOURS

Cela s'appelle une banqueroute.

M. DE CABAGNAC.

J'en connais toute la honte, mais j'y suis forcé.

M. DE NEMOURS

Il n'est pas temps de vous faire des reproches d'avoir trop entrepris, ce serait insulter à votre malheur.

Qui trop embrasse mal étreint.

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