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comprenait pas, répétait-elle alors, qu'on pût appeler cette vie une vallée de larmes. » Comme au temps de Scarron, elle continuait de voir la meilleure compagnie; elle fréquentait surtout les hôtels d'Albret et de Richelieu. « Elle y plaisait infiniment, par ses grâces, son esprit, ses manières douces et respectueuses et son attention à plaire à tout le monde. » (Saint-Simon.) Elle s'y plaisait infiniment elle-même, et c'est probablement de cette époque qu'elle voulait parler lorsqu'elle disait aux Dames de Saint-Cyr : « Le temps de ma jeunesse a été fort agréable ; n'ayant point d'ambition, ni aucune de ces passions qui auraient pu troubler le bonheur que je trouvais d;ins la sorte de vie que je m'étais ménagée, je ne connaissais ni le chagrin ni l'ennui. »
La mort d'Anne d'Autriche (20 janvier 1666) faillit la replonger dans la détresse. Il ne semble pas, il est vrai, qu'elle ait lon^itemps cessé de recevoir sa pension ; un brevet du roi la lui rendit presque immédiatenient. Toutefois il est certain qu'elle eut la pensée d'aller chercher une condition à la cour du Portugal auprès de la reine qui lui proposait de l'emmener. Ses amis trouvaient l'occasion avantageuse; « mais il était bien triste de quitter son pays et de renoncer à une vie pleine d'agréments ». Après de longues et pénibles hésitations, « son étoile l'emporta ».
Elle était loin cependant de penser, à ce moment, « qu'après Dieu, Mme de Montespan dût être la première cause de sa haute fortune ». C'est à l'hôtel d'Albret qu'elle l'avait connue. M. de Montespan, cousin germain du maréchal, ne bougeait de chez lui, dit Saint-Simon, et il ajoute que Mme de Montespan et Mme Scarron s'étaient convenu dès l'abord et bientôt prises d'amitié. Elles avaient en outre une liaison commune, une autre parenle du maréchal, Mlle de Pons, devenue à vingt-deux ans marquise d'Heudicourt, « belle comme le jour, toujours nouvelle et divertissante, de toutes les confidences ». On eût pu croire que c'était à elle qu'en raison d'une connaissance plus ancienne Mme de Montespan devait de préférence demander les services dont elle avait besoin; mais les qualités dignes et secrètes de Mme Scarron offraient plus de garanties. Elle lui fit donc proposer d'élever ses enfants. Mme Scarron ne consentit pas sans résistance. Le poste n'avait rien qui, pour le temps, pût blesser aucune délicatesse. Mme Colbert l'avait accepté auprès de Mlle de la Vallière sans en recueillir d'autre sentiment que l'envie. Moins accommodante sur ce point, Mme Scarron ne laissait pas de tenir a cette sorte d'hon-
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neur pour un peu singulier ». — Si ces enfants sont du roi, ré-' pondit-elle à la fin, je le veux bien; mais il ne me convient point de prendre ceux de Mme de Monlespan. Il faut que, s'il le désire, le roi me Tordonne. » Le roi ordonna.
Elle était admirablement préparée à ce rôle de gouvernante, et nous l'avons vu par le porîrait de Mlle de Scudéry, la vie de la cour à laquelle tôt ou tard elle devait être associée, n'était pas pour l'étonner. Sa première éducation avait élé conduite sans grande suite et avec quelque sécheresse. Mme d'Aubigné, même avant que le malheur l'eût assombrie, avait dans l'esprit plus de sérieux que de grâce. C'est dans Plutarque qu'elle apprenait à lire à ses enfants, et elle leur interdisait de parler entre eux d'autre chose que de ce qu'ils avaient lu ensemble : moyen intelligent pour les habituer à réfléchir, mais d'une monotonie un peu froide. Elle aimait aussi à leur faire rédiger des lettres, et c'était pour Bignette une fête d'écrire de Paris ou de la Martinique à sa petite cadette de Mursay; mais les occasions étaient rares. Les soins de Mme deNeuillant n'avaient été ni plus assidus ni plus tendres. Au château de sa tante, Mme d'Aubigné passait la plus grande partie du jour avec sa cousine à garder les dmdons. (( On nous plaquait un masque sur notre nez, racontait-elle gaiement, car on avait peur que nous nous hâlassions; on nous mettait au bras un petit panier avec un petit livre des quatrains de Pibrac dont on nous donn-iit quelques pages à apprendie -, avec cela, on nous mettait une grande gaule dajis la main et on nous chargeait d'empêcher que les dindons n'allassent où ils ne devaient point aller. » Le commerce de Mme de Villette, s'il se fût prolongé, lui eût été plus profitable. Mme de Villette la faisait observer, analyser, raisonner sur toute chose. Mais à douze ans le fonds qu'elle avait pu amasser était bien modeste encore, elle le rappelle plus d'une fois; et le couvent y ajouta peu de chose. C'est auprès de Scarron. puis chez le duc de Richelieu et le maréchal d'Âlbret, dans la compagnie de « ce qu'il y avait de mieux à Paris en hommes et en femmes », que son éducation se compléta, s'étendit, s'affina. Si elle ne savait pas le grec comme Mme de Rochechouart ou Mme de Castries, elle hsait le iatiii comme Mme de Sévigné, el parlait l'italien et l'espagnol, comme Mlle de Scudéry. Le chevalier de Méré, juge souverain du bel air, arbiler