‹ Extraits de ses lettresChapitre 4 sur 146 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

eleg antiarum, qui s'était fait son maître et qui lui a toute sa vie conservé un souvenir si tendre, avait mis à tout cela, il s'en glorillait du moins, la dernière main et la façon suprême. Mme Scarron avait en outre le goût et le don de commuiiiijwer ce qu'on lui avait enseigné. Chez Mme de Villette, elle apprenait à lire à sa gouvernante. Au couvent des Ursulines de Niort, son plus grand plaisir était de se sacrifier pour le service de sa chère mère Céleste, de faire à sa place hre, écrire, compter et jouer son petit monde, <le façon à lui ménager la surprise d'une classe conduite en son absence. Exercée par sa mère et Mme de Villette à rendre compte de ce qu'elle faisait, elle excellait à discipliner l'application des autres. Elle était née institutrice. Elle s'attachait aux enfants, et les enfants la recherchaient. « Je les avais toujours autour de moi, dit-elle, j'apprenais à lire à Tune, le catéchisme à l'autre, et leur montrais tout ce que je connaissais! )) C'est ainsi qu'elle s'était fdit chez Mme de Montchevreuil et ailleurs une place qu'on aimait à lui voir prendre et qu'elle gardait.

En même temps la vie intérieure, qui avait été si longtemps pour elle une nécessité au milieu de ses disgrâces, l'avait habituée de bonne heure à se tenir en bride, comme elle disait, et à se gouverner. Saint-Simon remarque « qu'elle n'avait de suite en rien que par contrainte et par force ». Elle est la première à le confesser en maint endroit : « je suis née prompte et impatiente » écrivait-elle; son premier mouvement la portail parfois aux extrêmes : qui adopta d'abord plus de vivacité les doctrines de Fénelon et les idées de xMmeGuyon? Mais elle savait se ramener dans les règles, et dès qu'elle y était revenue, elle s'y fixait : sa vie porte d'un bout à l'autre la marque de l'effort et du triomphe de la volonté. Elle avait retenu de Plutarque qu'il faut vivre avec ses amis du jour comme s'ils devaient être les ennemis du lendemain. Mme la maréchale d'Albret lui avait appris qu'il vaut mieux s'ennuyer avec des femmes de mérite, fussentelles de peu d'esprit, que de se divertir avec d'autres. Elle pensait avec un des commensaux de Mme de Sévigné, M. Barillon, qu'il n'y a rien de si habile que de se conduire toujours et avec toutes les sortes de personnes d'une manière irréprochable. Telles étaient les maximes qu'elle s'était imposées dès sa jeunesse : maximes qu'elle ne pouvait s'empêcher de trouver plus tard elle-même bien pohtiques, et où tout semblait comme tendu par une préoccupation de respectabilité. « Je voulais, disait-elle, faire prononcer mon nom avec admiration, jouer un beau person*

INTRODUCTION xm

nage : c'était mon idole, ma folie. Il n'y a rien que je n'eusse été capable de faire et de souffrir pour faire dire du bien de moi. Je me contraignais beaucoup; mais cela ne me coûtait rien, pourvu que j'eusse une belle réputation. Je ne me souciais pas des richesses; j'étais élevée de cent pieds au-dessus de l'intérêt; je voulais de Hionneur ». Ainsi s'était-elle montrée chez Scarron; mais, nous l'avons vu aussi, à ce soin jaloux de bonne gloire elle savait unir toutes les grâces d'un esprit qui, sans cesser de s'appartenir, n'était pas moins capable de se divertir que de s'ennuyer, où il le fallait. Aucun sacrifice ne lui était pénible, — sacrifice de temps, de santé, d'humeur, — pour se rendre utile ou agréable. Elle était de ces personnes dont on ne peut se passer, dès qu'une fois elles se sont introduites. Sans se faire valoir, presque sans se faire voir, elle devenait l'âme de la maison; elle en était le conseil et le charme. Levée dès six heures, toujours en quête d'un office à remplir, d'une surprise à préparer, elle faisait tout comme si elle n'avait à faire rien autre chose. Aucun petit talent ne lui semblait à dédaigner. Dans son enfance elle excellait à coiffer sa mère, surtout à démêler son épaisse chevelure; plus tard elle avait rendu le même service à la femme de chambre de Mme de Villette, qui en faisait une récompense, et c'est par cette dextérité qu'elle devait achever de gagner les bonnes grâces de la Dauphine. Chez Mme de Montchevreuil, qui était continuellement malade, elle prenait soin du ménage, emmaillotait les enfants et réglait les comptes. Un jour qu'elle avait vendu un veau 15 livres, elle apporta au salon, en riant, la somme toute en deniers, les bonnes gens qui avaient acheté la bête n'ayant pas d'autre monnaie. Au mariage de Mme d'Heudicourt, « elle fut si occupée de la mariée qu'elle avait parée de ses mains que, s'étant entièrement oubhée, elle se laissa voir à toute la cour qui vint aux noces aussi négligée et aussi lasse qu'une servante » ; on dut la pousser dans une chambre pour qu'elle s'habillât à son tour, et elle en sortit quelque temps après si bien transformée que Mme de Montespan ni personne ne la reconnut. Elle se faisait un honneur d'amuser les vieilles gens, de se tenir au chevet des malades, et elle y déployait « les ressources infinies d'un esprit amusant au dernier point ». (Saint-Simon.) Le chevalier de Méré, dont il faut un peu se défier, mais qui ne fait que résumer ici le sentiment répandu dans tous les écrits du temps, la représente à cette époque, non seulement comme belle et de cette beauté qui plaît toujours, mais comme reconnais-

Page 1