‹ Extraits de ses lettresChapitre 41 sur 146 · Yoir notre Introduction · texte numérisé non relu

Yoir notre Introduction

ner l'exemple de l'humilité religieuse, en n'exigeant point d'elles les marques de respect qu'elles nous doivent comme à leurs maîtresses? — Gomment, répondit Madame, les accoutumerez-vous au respect et à la déférence qu'elles doivent à leur père et à leur mère dont vous leur tenez lieu, si vous souffrez qu'elles soient grossières à votre égard? Vous ne devez jamais perdre l'idée de la conduite d'une mère à l'égard de sa fille; se fait-elle un devoir de politesse de ne pas lui dire : vous devez me respecter et m'obéir; vous avez manqué au respect que vous me devez en telle occasion; vous auriez dû avoir tel égard pour moi en cette autre? Enfin il faut oser prononcer : Respectez-moi; et ne croyez pas que cette autorité que vous prendrez sur elles, et qui est nécessaire pour les accoutumer à avoir des égards pour les personnes à qui elles en doivent, les mal édifie, si cela est uniforme dans les maîtresses. Elles verront bien que c'est par respect à votre charge et non à votre personne que vous exigez ce respect, surtout si elles voient que vous avez autant de soin de faire rendre ces devoirs aux autres maîtresses qu'à vous-même, et que vous ne vous épargnez pas dans les fonctions les plus pénibles et les plus basses qu'il faut faire auprès d'elles ou ailleurs. »

On lui demanda si, étant assises, nous devions nous lever pour une demoiselle qui viendrait nous parler dans notre office. « Une mère se lève-t-elle pour répondre à sa fille? dit Madame; j'en reviendrai toujours là. Je ne voudrais pas affecter de demeurer sur mon siège d'un droit qui marquerait que je craindrais d'avoir pour elle la moindre considération; il me semble qu'il est naturel de cesser un moment ce qu'on fait et de faire une inclination à une personne qui vient vous parler, mais je voudrais fort accoutumer vos demoiselles à avoir beaucoup d'égards pour vous^ et que vous n'eussiez pour elles que ceux qu'une mère tendre et raisonnable a pour sa fille aînée, car elles seront obligées hors d'ici à en avoir pour tout

le monde et souvent pour des personnes au-dessous d'elles. Quand Mme la duchesse de Bourgogne vint en France S elle était déjà fort polie; Mme de Savoie l'avait élevée à avoir de l'honnêteté et de la civilité pour tout le monde. Le Roi se divertit quelquefois à la faire souvenir de quelle manière elle se comporta la première fois qu'elle mangea avec lui : elle ne recevait pas un service du moindre officier sans l'en remercier. Quand la reine d'Angleterre ^ est à Fontainebleau, comme elle est obligée de partir de grand matin pour retourner à Saint-Germain, nos princesses, si délicates et si attachées à leurs aises, ne se lèvent-elles pas, quelque temps qu'il fasse et quoiqu'elles se soient couchées bien tard, pour assister en habit de cérémonie à la toilette de la Reine^? On les voit là, les yeux à moitié fermés par l'envie de dormir, sans qu'aucune ose se dispenser de cette bienséance. Si ces personnes-là sont obligées de se contraindre ainsi, à plus forte raison devez-vous accoutumer vos demoiselles à faire céder leur plaisir et leur commodité à ce qui convient aux autres. Ne vous souvenez-vous point de Mme de Loubert? elle était merveilleuse sur cet article : elle faisait fort bien garder le silence à toute la classe pendant la récréation, quand elle avait la migraine. Je voudrais que vous prissiez assez d'autorité pour dire simplement à vos demoiselles : Cessez le chant, gardez le silence, parce que votre bruit me fait mal à la tête, et les faire même coucher de meilleure heure, quand une maîtresse aurait besoin de se reposer, afin qu'elle pût le lendemain se lever à l'heure ordinaire et éviter de faire perdre matines à une suppléante pour venir garder le dortoir. Non seulement je voudrais qu'elles eussent cette attention pour une maîtresse qui serait incommodée, mais je l'exigerais même pour une de leurs compagnes : si je voyais

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