‹ Extraits de ses lettresChapitre 6 sur 146 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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des yeux de feu, les mouvements d'une taille libre si affectueuse et si régulière qu'elle eflaçait les plus belles de la cour. Le premier coup d'œil était imposant et comme voilé de sévérité : le sourire et la voix ouvraient le nuage ». A la fin do 1673, le roi ayant reconnu ses enfants, Mme Scarron alla demeurer à la cour; Tannée suivante, ayant reçu une partie de la somme qui lui avait été promise pour ses soins (27 décembre 1674), elle achetait la terre de Maintenon, à laquelle élait attachée une rente de quinze mille livres, et en 1675, à la veille de partir pour les eaux des Pyrénées avec le duc du Maine, elle en prenait, sur l'ordre de Louis XIV, le titre et le nom.

C'est alors que commença entre Mme de Montespan et celle que, d'après La Fare, elle n'avait jamais cessé de regarder comme une soubrette, la lutte qui devait se terminer par l'exil de la favorite et le triomphe de la gouvernante.

Les détracteurs de Mme deMaintenonla considèrent volontiers, surtout à partir de cette époque, comme menant sans trêve ni repos une sorte de conspiration dont le résultat devait être de la porter jusque sur les marches du trône. L'histoire se trouve ainsi singulièrement simphfiée; mais les choses de ce monde sont plus complexes, et c'est ce qui en fait l'intérêt psychologique et moral. A huit ans do distance au surplus, qui pouvait prévoir la mort prématurée de la reine?

Si Mme de Maintenon excédait sa pensée, lorsque, dans sa première vieillesse, elle répétait qu'elle haïssait naturellement la cour, on ne peut mettre en doute, pour peu qu'on suive le détail de sa correspondance, qu'elle n'eut pas tout d'abord l'intention de s'y fixer. Mlle d'Aumale ne fait que résumer la préoccupation unique qui inspire toutes les lettres datées de 1670 à 1674, quand elle dit : « tous ses projets étaient de tâcher d'avoir quelque grâce du roi qui la mît définitivement en état de sortir de la misère qui l'avait tant éprouvée. » Son directeur, l'abbé Gobehn, aimait à lui faire entrevoir le repos auquel elle aspirait dans la vie religieuse; mais elle déclarait avec une grande sincérité, qu'elle n'en avait pas le goût. Elle avait autrefois « préféré son pauvre estropié à un couvent; elle était maintenant trop faite pour changer de condition ». On avait aussi songé à la marier « à un duc assez malhonnête homme

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et fort gueux » : c'étaient la duchesse de Richelieu et Mme de Monlespan qui s'étaient occupées de l'affaire. « J'ai bien assez de déplaisir et d'embarras, avait-elle répondu, sans en chercher dans un état qui fait le malheur des trois quarts du genre humain .» Tous « ses châteaux en Espagne » allaient à s'établir quelque part, selon le bien qu'elle aurait, une retraite pleine de tranquillité (10 septembre 1674).

Son bien ne s'était guère augmenté. On peut compter avec elle; c'est une manière d'entrer dans ses sentiments. Sa pension, qui était restée d'abord de 2000 livres, avait été portée en 1G72 à 6000 ; et en 1674 ses épargnes s'élevaient à environ 50 000 livres. Le roi fournit en deux fois les 200 000 de surplus que coûta Maintenon, et ce n'est qu'en 1679, à la suite de l'acquisition de trois petites terres voismes, que le revenu total du domaine, qui était de 12000 livres, atteignit 15 000. Le jour où elle entra en possession, elle éprouva comme un soulagement de sécurité. « Dès que je passai la cour du château, disait-elle à ses filles de Saint- Cyr, je regardai avec un extrême plaisir la fenêtre de la chambre que je croyais la principale, pensant en moi-même : ce sera là que je finirai mes jours ; je n'avais pas d'autre dessein que de vivre en paix avec mes paysan^. )) C'est la même satisfaction de quiétude qui lui fait écrire à Charles d'Aubigné : « Mon cher frère, je crois que nous passerons une assez jolie vieillesse, s'il peut y en avoir de jolie : nous ne mourrons pas de faim. » Elle est encore toute à cette pensée, lorsque, quelques mois plus tard, au cours de son voyage aux Pyrénées, s'étant arrêtée à Mort, où elle n'était pas revenue depuis plus de vingt ans, et s'amusant à réunir ses titres de noblesse, elle exprime le regret de n'avoir pas cherché de préférence le heu de sa retraite dans le pays de ses ancêtres.

A vouloir analyser ce besoin de repos, ce qu'on trouverait au fond, outre une propension sincère et naturelle à la tranquillité, c'est la lassitude « des choses terribles qui se passaient entre elle et Mme de Montespan ». L'inimitié avait couvé longtemps. Mme de Sévigné écrivait le 7 août 1675 : « Je veux vous faire voir un petit dessous de cartes qui vous surprendra , c'est que cette belle amitié de Mme de Montespan et de son amie est une véritable aversion depuis près de deux ans. L'amie est d'un orgueil qui la rend révoltée contre les ordres de l'autre : elle n'aime pas à obéir; elle veut bien être au père, mais non pas à la mère ; elle lui rend compte, et point à elle.... Ce secret roule sous terre depuis plus de six mois; il se répand un peu. » C'est à la fin de l'année 1675

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que la guerre éclate. Le ton des lettres de Mme deMa'intenon se modille sensiblement. Elle ne se laisse pas exciter par les prétentions hautaines de Mme de Montespan; mais elle en soutient l'attaque. L'abbé Gobelin était arrivé à lui faire entendre que le devoir l'oblijieait de re^te^ là où Dieu l'avait placée pour travailler à détacher le roi d'une liaison scandaleuse. L'idée qu'elle est l'instrument de la Providence la gagne peu à peu et la pénètre; le moment est à noter; car, à partir de là, cette idée la dominera chaque jour davantage et finira par la posséder pleinement.

C'est dans Mme de Sévigné, si friande des moindres incidents de la Cour, qu'on doit chercher le détail de cette inimitié tour à tour ouverte et sourde, où Mme de Montespan s'abandonne à tous les transports d'une violence sans dignité ni pudeur, tandis que Mme de Maintenon, qui « n'ignore aucun déchaînement », qui écrit à son frère « qu'on est enragé contre elle », ne répond au redoublement des assauts que par un re(loul)lement de pnlience, de sagesse, de manège consommé, faisant connaître au roi un pays tout nouveau et prouvant une fois de plus, par une prise de possession chaque jour plus sensible de son estime et de ses bonnes grâces, que rien n'est plus habile qu'une conduite irréprochable. Mme de Sévigné note tous les coups, épie les conversations, en marque la durée, saisit au vol les physionomies, les attitudes, les empressements contraints, les effusions bruyantes suivies de propos amers, et à travers la mêlée des pas>ions rivales, où chaque parti se range, les défaillances du roi qui, tout d'un coup, remettent les choses en (pie.stion et tiennent les ambitions en suspens ; jusqu'nu jour où, la faveur enfin se fixant, Mme de Maintenon esL nommée seconde dame d'atour de la Dauphine. La paix rentre alors dans tous les cœurs comme par enchantement. « Dieu a suscité Mme de Maintenon pour me rendre le cœur du roi », disait la reine ; et Mme de Maintenon n'avait en effet usé de son autorité croissante que pour lui ramener Louis XIV. Mais elle restait du même coup engagée dans son œuvre. « Malgré l'envie que j'avais de me retirer, écrit-elle alors à l'abbé Gobelin, et malgré toute ma haine pour ce pays-ci, j'y suis attachée. C'est Dieu qui a conduit tout cela. »

Les trois années qui suivirent durent certainemont compter parmi les meilleures de sa vie, et elles nous la montrent danr des dispositions d'esprit et de cœur qui préparent à comprendre l'action qu'elle exerça à Saint-Cyr. La fonction qu'elle avait à remplir auprès de la Dauphine l'éloignait nécessairement de !'me de Montespan, et c'est ce que Louis XIV avait cherché. Ou

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n'habitait plus sous le même loit, on ne se voyait plus que de semaine en semaine, de mois en mois; on ne pouvait cependant éviter de se rencontrer en tête-à-tête, dans le carrosse du roi où il fallait bien se faire bon visage, dans les jardins de Versailles où les courtisans n'étaient pas loin qui observaient. Un jour, 'Mme de Montespan emmène Mme de Maintenon à Clagny, et ses amis ne l'y croient pas en sûreté; mais Mme de Maintenon, qui raconte ces escarmouches avec beaucoup de bonne humeur, n'en est point émue. Femmes d'esprit toutes deux, elles avaient senti, l'une que le terrain lui manquait sous les pieds, l'autre qu'elle n'avait qu'à se laisser porter par le vent de faveur qui la poussait. Louis XIV avait décidément renoncé à ses désordres et paraissait charmé « de ce commerce d'amitié et de conversation sans contrainte et sans chicane que personne ne lui avait fait goûter jusque-là ». En même temps « la nouvelle favorite » entrait chaque jour davantage dans la confiance de la reine, qui, honneur insigne, lui donnait son portrait. La cour semblait ne vivre plus que par elle. Trop glorieuse pour ne pas triompher en son cœur, elle amortissait tant qu'elle pouvait l'éclat de sa fortune. Elle se donnait avec bonne grâce, quoique sans empressement, aux fêtes, aux sermons, aux voyages. Il ne lui déplaisait pas de voir tout le monde s'habituer à son personnage, et elle s'y habituait elle-même sans trop de peine; mais elle ne s'en laissait point enivrer. Dès qu'elle trouvait une occasion de s'écarter, elle se faisait la vie de son choix, une vie tout à la fois « solitaire et remplie ». Elle entreprenait toutes sortes d'affaires, auxquelles elle mettait tout son cœur : un nouveau plan de conduile pour le duc du Maine, un mariage pour son frère, l'éducation de sa belle-sœur et de sa nièce, la création d'une Charité à Rueil; pour chaque chose, elle entrait dans un détail infini, rédigeait des notes, dressait des comptes, envoyait des consultations; et cette activité, qu'elle réglait à son goût, lui était souverainement douce. « Je mène, écrit-elle à ses confidentes les plus intimes, une existence tout à fait conforme à mon humeur; je suis très heureuse. »

Le 50 juillet 1683, un mal soudain emportaitia Reine. Aussitôt après les funérailles, la cour se retira à Fontainebleau. îl est bien dilficile de croire que Mme de Maintenon n'ait pas embnissé tout de suite et clairement l'avenir qui s'ouvrait devant elle. Sur ce point décisif de sa vie, — à défaut de sa propre correspondance avec Louis XIV qu'il est si regrettable qu'elle ait détruite, — il faut entendre directement le témoignage de Mme de

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