‹ Extraits de ses lettresChapitre 95 sur 146 · U>E VIEILLE DAME · texte numérisé non relu

U>E VIEILLE DAME

Par quelle aventure vois-je quatre demoiselles de Saint- Cyr à la fois? et est-il possible que je doive ce plaisir au hasard tout seul?

EMILIE

Non, madame; il faut vous avouer que c'est une partie faite entre nous, et que, ayant eu plus d'une dispute ensemble, nous sommes demeurées d'accord de vous prendre pour juge.

LA DAME

Je suis prête à tout ce que vous pouvez désirer de moi, et je serai toujours ravie de me voir avec vous.

EMILIE

Nos disputes roulent sur la contrainte : on nous en a beaucoup parlé à Saint-Cyr. Mlle Euphrosine croit que c'est avec raison; Mlle Dorothée prétend que des religieuses ne connaissent en effet que la contrainte, et je conviens qu'elles peuvent ignorer ce qui se passe dans le monde, où l'on est peut-être moins contraint qu'elles ne pensent.

EUPHROSINE

Si la vie était telle qu'on nous la dépeignait à Saint-Cyr, elle serait peu aimable.

DOROTHÉE

Il est vrai, car il n'y a de plaisir que dans la liberté.

EUPIIROSINE.

J'avoue que nos maîtresses me perisuadaient souvent, et

DE MADAME DE MAIiNTENON 219

que le peu de temps qu'il y a que je suis dans le monde me fait craindre qu'elles ne nous aient dit vrai.

EMILIE

Serait-il possible qu'il n'y eût pas un état sans contrainte?

LA DAME

C'est ce qu'il faut chercher, et commencez par vos propres expériences.

DOROTHÉE

Il y a si peu que j'en suis sortie, que je ne me compte pour rien, et que j'ai souffert dans l'espérance que j'ai qu'un autre état me mettra en liberté.

EMILIE

Je croyais que vous en aviez assez : on dit que madame votre mère est la douceur même, et que vous êtes plus maîtresse chez elle qu'elle-même.

DOROTHÉE

Il est vrai; mais elle est malsaine et dévote; je ne puis sortir sans elle, et il n'y a nul plaisir chez nous.

EUniROSINE.

Je suis retirée pour trois mois auprès d'une dame, qui doit me rendre à mon père; je m'y ennuie à la mort; cependant je veux la contenter, et ce dessein me jette dans une contrainte qui ne serait pas supportable à la longue.

EMILIE

Je vais me marier, et j'espère après cela me dédommager de tout ce que je souffre chez une grand'mère qui me fait passer mes journées avec celui que je dois épouser, en me disant continuellement de bien prendre garde à tout ce que je ferai ou je dirai, de sorte que je suis toujours sur les épines.

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