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NOTICE RIOGRAPIIIOUH ET LITTÉRAlllE. XLIX
qui n'a été divulgué que longtemps après, que, dans les émotions de lavant-veille de Waterloo, sous le coup d'événements redoutés, elle s'avisa d'adresser à ses puissants amis d'Angleterre, par l'intermédiaire du ministre des États-Unis, une lettremémoire, où elle engageait le gouvernement britannique, au nom du repos du monde, et par les raisons les plus spécieuses, à rompre la ligue armée des puissances, en s'en détachant, et à laisser les Français, désormais guéris, comme leur souverain, de la folie des conquêtes, régler en paix leurs affaires intérieures. L'historien, si bien renseigné, du Consulat et de VEmpire s'est porté garant de cet acte par lequel une vieille et juste haine se déjugeait, se démentait, sous l'inspiration des plus nobles sentiments*. Les héritiers de M™° de Staël ont contesté le fait comme douteux, invraisemblable, indigne d'elle. Mais pourquoi n'aurait-elle pas, dans un moment d'angoisse patriotique, suivi l'exemple d'abnégation et, si l'on veut, de palinodie généreuse que lui donnaient un Benjamin Constant, un La Fayette Inimôme, et sacrifié, elle aussi, ses antipathies les plus profondes comme ses légitimes ressentiments au salut de la patrie?
Les deux dernières années de sa vie, 1816, 1817, se partagèrent entre la France et l'Italie, entre Paris et Florence; elle allait demander à cette dernière ville un air plus doux pour une personne chère-. Elle-même, trop secouée d'émotions depuis quelques années, fléchissait avant l'heure, non d'esprit, ni de
1. M. Thiers, t. XIX, p. 466. — Lo mémoire en question a été publié dans la Correspondance de lord Castlereagh (Londres, 185:J), avec la suscriplion, De j[jmo df, stacl à M. Crawfurd (le diplomate américain chargé de le remettre au ministère anglais).
2. Veuve di». baron de Staël depuis 1802, elle avait contracté, un peu tard, en ISII, un second mariage, en le tenant secret, ou du moins sans le déclarer publiquement. Elle avait épousé un gentilhomme d'origine italienne, officier de cavalerie dans l'armée française, encore jeune, ou du moins plus jeune qu'elle, M. de Ilocca, très remarqué dans le monde de Genève, où il s'était retiré en quittant le service, après avoir été relevé presque mourant sur un des champs de bataille de l'Espagne; brillant militaire, intéressant par ses blessures, sa santédétruite, homme d'esprit, d'un caractère chevaleresque et d'une imagination passionnée.
volonté. Dans un déclin trop sensible de ses forces, elle poursuivait, achevait de verve ses Considérations sur la Révolution, le plus fortement conçu de ses livres et le mieux écrit, elle prenait feu pour de nouveaux projets d'études et de créations, se plaisait à tracer le plan d'un vaste poème en prose sur un sujet historique*, comme tentée de faire concurrence, à sa manière, à Tépopée des Martyrs. Enfin, dans un âge qui permettait encore d'espérer de longs jours, toutes les énergies d'âme et de talent qui donnaient pour elle tant de prix à la vie, lui demeuraient entières; et elle sentait la vie lui échapper! Elle connut ce que souffre le génie toujours jeune et vivace à se sentir lié à des organes usés et défaillants; genre de supplice, dont elle a ingénieusement comparé les douleurs à celles des victimes du noir tyran chanté par Virgile * :
Mortua quin etiam jungebat corpora vivis. Tormenti genus...
L'épreuve, si grande qu'elle fût, lui fut adoucie par un heureux événement domestique, l'union d'une fille tendrement aimée, et parfaitement digne de l'être, avec le jeune héritier d'un antique et glorieux nom, dont il devait, à sa manière, renouveler l'éclat, du duc Victor de Broglie. Mais surtout la résignation lui vint de la source intime où elle se puise le plus sûrement. Les sentiments religieux, dont elle avait été si souvent dans ses écrits l'éloquente et sérieuse interprète, et dont, avec le temps, elle s'était mieux et plus à fond pénétrée, firent peu à peu le calme dans cette àme ardente et si éprise, si justement éprise de la vie. Elle apprenait à se détacher, en méditant les paroles évangéliques, et en relisant un des derniers et des meilleurs écrits de son père'. Sa religion, sans être d'aucune
1. Richard Cœur de Lion devait cire le héros de ce poème, dont la lecture de ï Histoire des Croisades de Micluaid avait siippéré l'idée.
2. V. les Jiëflexions sur le suicide, III* partie. 2. Cours de morale religieuse.
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