M"» Iluber (M-« Rillicl), Sur l'enfance de M"» de Staél
NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. xxvii
j^jue Tsjecker était là, écoutant, répondant, parfois plus entourée que sa mère, ou retenant plus longtemps, par le charme piquant de son entretien, quelque interlocuteur illustre, ce que Tcxcellente dame, si bonne mère qu'elle fût, ne voyait pas sans quelque jalousie. Le mouvement, Téclat de cette haute vie ne détournait pas la jeune fille de ses sérieuses lectures, de ses fortes études. A quinze ans, elle faisait des extraits de VEsprit des lois avec des réflexions. Elle écrivait; elle se livrait, en divers genres, à des essais qui portaient déjà Tempreinte du talent. En 1781, au lendemain du Compte rendu de l'é'at des finances, dont la publication amena la glorieuse chute du ministre, elle adressait sur cet événement une lettre anonyme, fort remarquable, à son père, qui en reconnut bientôt le style.
Publié à vingt-deux ans, en 1788, son premier ouvrage [Lettres sur les écrits et le caractère de J.-J. Rousseau) était un éloge beaucoup plus qu'un jugement, mais un éloge parti du cœur, motivé avec art, écrit avec une chaleur de verve entraînante, bien qu'un peu déclamatoire. Ces Lettres mirent en vive lumière le nom de physionomie étrangère dont elles étaient signées. L'auteur s'appelait depuis peu 3i™° de Staèl^ et, par son mariage avec le noble Suédois de ce nom \ venait d'ajouter l'éclat d'une haute situation à celui de son origine et de son naissant génie. Le baron de Staël-Holstein était ambassadeur de Suède à Paris.
1. « Il ne manquait à la famille Necker au sommet de l'imporlancc et de la faveur qu'une alliance illustre qui les naturalisât dans l'aristocratie européenne. La naissance, le nom, le rang du baron de Staël ennoblissaient l'épouse el rejaillissaient sur les parents C'était un homme déjà mùr d'années; d'une figure noble,
d'une distinction de manières qui répondait à sa considération personnelle dans le monde, d'un esprit suffisant pour jouir des succès de sa femme, sans prétendre ix l'égaler, un de ces hommes qui acceptent les seconds rangs partout, même dans leur maison. — Trois enfants, deux fils et une fille, naquirent de ce mariage. — Cette union de convenance ne fut troublée que plus lard, par des séparations de biens, dans l'inlérét des enfants, qui en amenèrent une entre les personnes... Toutefois celle-ci ne dura pas jusqu'à la mort : le baron de Staël revint, après la Révolution française, mourir entre les soins de sa femme et le respect de ses enfants. » Lamartine, Souvenirs et portraits, t. I, p. 223.
XXVlii MADAME DE STAËL.
De 1788 à 1803.
Ici, des triomphes excitants et des paisibles travaux d'une vie de monde et d'études, M™° de Staël passe à toutes les émotions, non moins fécondes pour elle, du drame qui commence, et dont son père, un père qu'elle adore, remplit pendant un temps un des premiers rôles. M. Necker, toujours populaire et regretté de la nation, est rappelé au pouvoir (août 1788) et s'en montre digne encore une fois. Il presse la convocation des États généraux, fait décider par le roi le doublement du Tiers. La cour, effrayée des premières victoires de l'assemblée, obtient de Louis XVI, entre autres mesures de réaction à outrance, le renvoi du ministre. Une lettre royale lui ordonne de quitter la France en secret (11 juillet 1789). Il s'éloigne aussitôt avec sa femme, sans même dire adieu à sa fille. Elle n'apprend que quelques jours après leur départ le lieu de leur retraite, et court les consoler à Bàle. Le 14, Paris se soulève, et la Bastille est prise. Le 17, l'exilé reçoit un message royal qui lui rend sa patrie et son poste. Son voyage à travers la France est un triomphe. « Les acclamations, écrivait longtemps après M™® de Staël au souvenir de ce retour, les acclamations les plus vives l'accompagnaient à chaque pas; les femmes se mettaient à genoux, de loin, dans les champs quand la voiture passait; les premiers citoyens des lieux que nous traversions prenaient la place des postillons pour conduire les chevaux sur les routes, et, dans les villes, les habitants les dételaient pour traîner eux-mêmes la voiture... Nul homme peut-être, parmi ceux qui ne sont point sur le trône, n'a joui à ce point de l'affection du peuple. Hélas! c'est moi surtout qui en ai joui pour lui, c'est moi qu'elle enivrait, c'est moi qui ne dois pas être ingrate envers ces jours, quelles que soient